Beaucoup en avaient rêvé sans jamais oser le demander, notamment depuis le concert événement pour les 20 ans du Confort Moderne en 2005. Et voilà que onze ans après le dernier album de Bästard, le tréma revient ! il ne s’agit pas d’une reformation, mais le Zëro de 2007 répond tout de même bien à la demande. Trois membres d’origine sur quatre, et l’alchimie qui fait le reste, comme si elle n’était jamais partie. Bästard, et Deity Guns avant lui, furent de telles révélations pour beaucoup d’entre nous, que nous ne pouvons nier notre excitation. Et dès le premier morceau, on sait que les lyonnais ne sont pas revenus pour taper dans l’expérimentation intello propre à leurs projets personnels (Eric Aldea en tête). Le premier titre, « Big Screen / Flat people », comme de nombreux autres présentés ici, pourrait figurer sur « Radiant, Discharged, Crossed-off » (le dernier album de Bästard) sans dépareiller. Nous sommes peut-être pas au maximum de leur capacité, mais Zëro reprend bien la musique où l’avait laissé les Bästard il y a une décennie. Mêmes lignes de basse envoûtantes, même groove rampant, même voix intrigante, et toujours ces « chinoiseries » typiques sur « car, buses, etc. »… Zëro revient aux fondamentaux des dernières années de Bâstard principalement, et c’est un réel plaisir. Cependant, les lyonnais refusent de s’enfermer dans ce qui allait devenir un dogme à la fin des années 90… Le groupe ne stagnera pas sur un post-rock bien pensant, même à la sauce Bästard (ou si peu). Dès le quatrième morceau, le quatuor brise les tabous en jouant avec les codes du blues… pour un résultat déglingué proche d’un Jon Spencer Blues Explosion démembré et démoniaque. Surprenant. On ressent bien que l’âge n’a pas assagi le quatuor. Bien au contraire, on pourra même relever quelques retours (légers) aux délices noise de Deity Guns ! Tant mieux. Proche de ce que nous pouvions attendre d’une telle formation, Zëro nous livre donc une suite de « Radiant, discharged, crossed-off », certes pas aussi grandiose qu’autrefois, mais bel et bien réussie. Certains regretteront peut-être un manque de surprise, mais quand on possède un tel savoir-faire, il serait dommage de le gâcher, non ? Surtout que vous pourrez toujours revenir vers les travaux personnels de Eric Aldéa, ou vers le duo indus de Franck Laurino (Spade and Archer). Personnellement, je reste convaincu que ces gars ne sont jamais aussi bons que quand ils sont réunis. Et ce « joke box » en est bien la preuve. Terminons avec cette reprise de Devo (Automodown / Spacegirl Blues) étrangement proche d’un Beatles expérimental… Ah, ce que c’est bon de les voir s’amuser à nouveau. Grandiose !

(Album – ici d’ailleurs)