Le voilà enfin ce trois titres digne du talent de ces lillois. Car, dissimulé dans leur « antichambre », il faut bien avouer que Berline 0.33 était un trésor connu de bien peu de personnes. Pas assez de concerts, pas assez de disques, pas assez de contacts. Et pourtant, je me rappelle très bien quand je les ai découverts sur scène : j’étais avec Kïmmo et nous partagions une date avec eux à Lille. Ce soir là, on s’était tous dit que Berline 0.33 tenait quelque chose de fort. Ce genre de groupes qui vous retiennent l’attention. Le chant et la personnalité d’Emilie y sont sans doute pour beaucoup, mais ce serait réducteur de s’arrêter là. Même si ça fait un bien fou de retrouver ce genre de chanteuse, charismatique, sans chichi, animale, habitée. Difficile de ne pas penser à Sacha d’Heliogabale, à Lyndia Lunch, et à toutes ces ensorceleuses noise… Mais Emilie possède son propre charisme, moins plombé, plus combatif, plus mordant. Et c’est cette force qu’on retrouve enfin sur ce trois titres. Le groupe y développe ce que j’avais entendu sur scène. Un noise rock rampant, répétitif, sombre, devant autant à la rigidité du duo basse-batterie de Shellac qu’à la cold wave et au post-punk du début des années 80. Avec cette basse implacable qui vous rentre dans le crâne, colonne vertébrale des morceaux, cette batterie plus punk, et cette guitare affinée (parfois remplacée par un clavier minimaliste) le groupe impose un style compact et intense. Sur le premier titre, « Flash », le groupe joue la répétition à l’extrême, basse-batterie en avant, laissant tout loisir au chant de mener la danse. Résultat oppressant, mais foutrement efficace. Sur le deuxième « Hoopladder », on voit arriver la guitare pour plus d’ouverture, mais avec toujours ce minimalisme répétitif, cette fois plus post-punk 80’s qu’autre chose. Et ce chant, bien flippant. Excellent. Troisième et dernier titre, on reprend un duo basse / batterie répétitif pour un « To The Core » plus plombé encore, relevé par les incursions tour à tour de la guitare ou du clavier. Et c’est à nouveau une réussite, bien que moins évidente. Ce serait presque un sans faute si je n’avais pas eu tant de mal à supporter le son abominable du charley très en avant sur ce disque. Mais peu importe, Berline 0.33 vient de confirmer tout le bien que leur prestation scénique, bien qu’imparfaite, m’avait laissé, alors ce n’est pas un charley mal mixé qui va me gâcher mon plaisir. La courte durée du disque aurait par contre tendance à me frustrer… mais le groupe prévoit de sortir un autre maxi (5 titres cette fois) d’ici quelques mois. Alors nous n’avons plus qu’à prendre notre mal en patience, et leur souhaiter bienvenue dans la catégorie, oh combien convoitée, des groupes à suivre en 2011 !

(CD 3 titres – l’antichambre)