Alors donc, Peter Kernel fait de l’art-punk. C’est en tout cas ce que nous apprend la bio. C’est marrant ces appellations parfois un brin extravagantes. Vous croyez qu’il y a un mec quelque part, reclus dans une tour d’ivoire, qui est payé pour ça : trouver de nouveaux noms pour des genres musicaux un peu hybrides ou un tantinet originaux ? En tout cas, en l’occurrence, c’est plutôt bien trouvé car ce trio canado-suisse est plutôt du genre touche à tout : graphisme, réalisation de films, musique…Ils se sont d’ailleurs rencontrés pour travailler sur une comédie musicale expérimentale (« Like A Giant In A Towel ») réalisée par la bassiste.

Et côté musique, c’est un peu la même chose. Même si le groupe a un net penchant pop. Une pop à tendance émotionnelle certainement influencée par Blonde Redhead, dans un esprit plus lo-fi, plus déviant cependant. Une pop primitive (la batterie reste souvent assez basique) qui regorge de vie et se veut très ouverte. On sent que les Peter Kernel ne s’interdisent rien, préférant faire confiance à leurs intuitions. Du coup, mélodies entêtantes, guitares dissonantes et agressives, plus noisy donc, brevetées Sonic Youth, arpèges émo-pop délicats à la Karate/Reiziger, envolées épileptiques et même no-wave (comme sur « Panico ! This is love ») cohabitent ici naturellement, comme dans un melting pot indé idéal.

Car ce qui surprend le plus à l’écoute de ces morceaux, c’est bien l’évidence et la limpidité qui se dégagent de cette alchimie. Certes, les Peter Kernel n’inventent rien (on l’a dit, les différents ingrédients de « White Death Black Heart » ont déjà été entrevus ailleurs). Mais chaque chose est exactement à la bonne place, chaque choix judicieux. La guitare, par exemple, qui utilise ici une palette complète (d’arpèges fins à des riffs hardcore) est particulièrement inspirée et le jeu entre les 2 voix féminine (souvent aigüe et fragile) et masculine (qui fait penser à Herman Düne lorsqu’elle se fait chevrotante) est toujours juste. L’album, pris dans son ensemble, est du coup parfaitement équilibré avec ses passages calmes, ses coups de sang et ses moments de grâce, comme sur les poignants « Hello my friend » ou « Organizing optimizing time ».

Attendez-vous à prendre une bonne claque car ce « White Death Black Heart » est tout simplement excellent !

(Album – Africantape)