Alicia, jeune femme sexy au visage angélique, arpente les rues de La Havane sur son vélo, sac d’étudiante en architecture au dos, à la recherche de la proie idéale. Et quand elle l’a repérée, un touriste au volant d’une belle voiture de sport, elle se poste devant lui, jupe au vent, et lui fait le coup de la chute. En espérant ensuite le mettre dans son lit et lui soutirer de l’argent ou quelques cadeaux. Un jour, Alicia tombe sur Juanito, beau gosse canadien qui bosse pour une grosse boîte hollandaise de tourisme de luxe. Et là ça ne se passe pas comme d’habitude : Alicia sent qu’elle pourrait tomber amoureuse et, surtout, Juanito a flairé l’embrouille. Et lui propose, du coup, un drôle de deal. Le début des ennuis pour la jeune femme…

« Adios Muchachos », roman de l’uruguayen Chavarria, aurait tout aussi bien pu s’appeler « Face cachée », comme l’excellent roman graphique de Runberg et Martin qui vient de sortir chez Futuropolis car ici aussi tout n’est que faux semblants et personne n’est ce qu’il semble être. Ainsi, Alicia, la belle étudiante qui joue les ingénues, est en fait une « Jinetera » qui chasse le touriste avec la bénédiction de sa mère (qui cuisine même ses fameuses langoustes à la sauce piquante pour l’occasion) ; Juanito, derrière ses airs de golden boy à qui tout réussit, a par ailleurs fait 5 ans de prison au Mexique pour hold up avant d’atterrir chez Groote International Inc. ; une boîte à la tête de laquelle se trouve Hendryck Groote qui, quand il ne dirige pas ses affaires de main de maître, se livre à des pratiques sexuelles plutôt débridées…

Et c’est ce qui a dû plaire à Matz et l’a poussé à l’adapter pour la collection Rivages/Noir/Casterman (qu’il codirige d’ailleurs). Car si son canevas reste finalement assez classique (une histoire d’aspirants arnaqueurs qui se font, au bout du compte, arnaqués par plus malins qu’eux), le récit reste imprévisible jusqu’au bout. Avec en prime une sensualité omniprésente, les rues de La Havane et la décontraction latino très joliment rendues par le dessin aux couleurs chaudes de Bacilieri.

Un bon polar donc, mécanique parfaitement réglée et très bien huilée, à la vision des relations humaines clairement désenchantée : on ne peut faire confiance à personne en ce bas monde !

 

(BD – casterman)