Si la tendance est toujours et encore aux reformations, il est moins fréquent de voir quelques concerts suivis d’un nouvel album. C’est pourtant ce que CHOKEBORE a fait en sortant un cinq titres de bonne facture (Falls Best) qu’ils ont eu envie de défendre sur cette longue tournée européenne. Ce soir, la formation originaire d’Hawaii a posé ses amplis sur la scène du Festival des Rockomotives à Vendôme. Quelques heures avant un set efficace qui rallumera la magie unique de ce groupe, le rendez-vous est pris avec Jonathan Kroll, le guitariste, pour une interview en plein air au bord d’une rivière. L’idée était de partir de certains titres de chansons ou d’albums afin d’imaginer quelques questions…
photos : Schawack

Dust – Est-ce qu’il a été dur de dépoussiérer la ‘machine’ CHOKEBORE et de se préparer pour cette tournée ?

Jonathan Kroll : Pas vraiment.  Nous avons dû trouver suffisamment de temps pour retravailler ensemble car nous étions tous pris par nos emplois du temps. Ca s’est fait facilement. L’année dernière, quand nous avons rejoué, nous avons en même temps travaillé sur les nouvelles chansons. Nous avons ensuite fait quelques enregistrements cet été là. Et puis nous nous sommes retrouvés plus tard pour travailler sur d’autres titres. Faire cet Ep n’a pas été si difficile à faire. C’aurait été une toute autre affaire si nous avions pensé faire un Lp.

Vous avez composé ces six chansons rapidement ?

Des fois ça va plus vite que d’autres mais pour deux chansons nous n’avons  qu’eu à concrétiser des idées couchées auparavant.

Et remonter dans le van pour tailler la route ?

C’est épuisant (rire). T’as très vite mal un peu partout d’être dans le van tous les jours. Ca ne me plairait pas vraiment de faire la route à longueur de temps mais pour un mois… A Berlin (là où Jonathan et Frank –son frère- habitent) je ne roule que très rarement.

Anything Near Water Je pensais plutôt à ‘anything near Europe’. Comment expliques-tu que vous avez tous été séduits par la France et l’Allemagne pour y vivre et que vous avez toujours été plus populaires en Europe que partout ailleurs ?

C’est difficile de répondre à cette question. Nous avons tous des raisons différentes. Quand nous avons commencé à tourner c’était essentiellement aux Etats-Unis et puis nous avons pris plus de plaisir en Europe. Et comme nous avons passé plus de temps sur le Vieux Continent nous avons fini par être plus connus ici. Si nous retournions aux US nous pourrions toujours y jouer.

Pourquoi as-tu choisi de t’installer à Berlin ?

Je crois que je voulais vivre dans une grande ville. Je me suis marié à une allemande. Nous vivions à Los Angeles et puis nous en avons eu assez. En fonction de nos propres intérêts Berlin faisait sens. C’est une super ville en matière d’art. Je peins.

Tu t’identifies à cette ville ?

Ca fait plus de huit ans que nous y habitons. C’est là que nous vivons.

Tu parles couramment l’allemand ?

Non pas vraiment (rires). Pas autant que je le devrais car je travaille seul la plupart du temps. J’ai des amis qui viennent de différents pays alors nous parlons anglais. Je comprends mieux l’allemand que je ne le parle.

Smaller Steps – Vous reformer fut un grand pas. Pensez-vous avoir pris des risques en sortant un nouveau disque ?

Je ne m’inquiétais pas de savoir comment il allait être reçu. Quand nous avons repris les concerts l’année dernière je ne savais pas si les gens allaient être intéressés et si nous allions nous entendre. Se retrouver tous les quatre dans un van… Mais les choses se passaient bien. Il semblait que les gens appréciaient nos concerts. Nous nous amusions bien. Faire cet album fut quelque chose de naturel. Ca n’a pas été stressant. Je ne pense pas que nous ayons vraiment pris des risques.

Days of Nothing – Pour toi, à quoi ressemble une journée de rien ?

Ca dépend. Quand on a écrit cette chanson nous pensions à ces journées en tournée durant lesquelles tu te réveilles, tu grimpes dans le van et tu conduis toute la journée. L’autre jour à cause d’une panne de van à Marseille on a passé une partie de la journée au coin d’une rue et tu ne sais pas ce que tu vas ou dois faire pour te rendre à la salle.

Mais à Berlin, chez toi, quelle forme peut prendre une journée vide ?

Ca dépend si c’est une belle journée vide ou si c’est une journée vide déprimante (rires). Je travaille beaucoup chez moi et il m’arrive de ne pas souvent sortir de mon quartier mais ça peut prendre la forme d’une promenade le long du canal ou jouer aux cartes. En tout cas il y a certains jours où je n’en fais pas lourd.

It Could Ruin Your Day  Qu’est-ce qui pourrait pourrir votre tournée ?

Ca pourrait provenir de choses diverses…comme des problèmes répétés sur le van qui nous empêcheraient de jouer sur certaines dates. Ou des problèmes de santé à l’un de nous mais je ne crois pas qu’on va se mettre sur la figure (rires). Ou peut-être on pourrait oublier quelqu’un quelque part mais je te rassure on vérifie toujours.

Black Black  Si Falls Best était une couleur, laquelle serait-elle ?

C’est difficile car c’est moi qui ai fait la pochette et j’ai donc forcément réfléchi aux couleurs. Je crois que toutes les chansons proposent une vraie palette de couleurs. Les ambiances sont très variées. Certaines chansons pourraient être des couleurs vives.

The Sweetness Qu’est-ce qui rend chaque soir, chaque concert si doux si bon ?

C’est le fait de jouer de la musique. Je peux apprécier un concert de différentes façons. Ce qui est super aussi c’est quand tu te sens fatigué avant un concert, quand tu manques d’énergie et une fois sur scène tu la retrouves et tu t’amuses bien.

You Are The Sunshine Of My Life  Qui est le soleil de ta vie ? Et qu’est-ce qui fait briller ta vie ?

Ma femme, je suppose. Pour la chose qui fait briller ma vie…j’aime créer, jouer avec le groupe, tout seul ou avec quelques amis. J’aime peindre. J’aime rester occupé et ne pas perdre mon temps.

The Rest Of Your Evening – Comment vois-tu le reste de ta vie avec CHOKEBORE ?

Il faut d’abord qu’on voie comment ça va se passer sur cette tournée. Depuis que nous nous sommes reformés, nous avançons pas à pas. Mon frère est le père d’enfants qui sont à Berlin donc il doit s’organiser lorsque nous travaillons tous ensemble. Christian aussi car il joue avec différentes formations. Personnellement, j’aimerais qu’on écrive plus…ce serait très intéressant.

Es-tu désireux de travailler sur un Lp à présent ?

Oui, j’aimerais vraiment essayer. Il faudrait que nous réfléchissions à la façon de le faire. Cela impliquerait nécessairement des processus d’écriture différents. Nous serions amenés à nous voir plusieurs fois.

It’s A Miracle  Vois-tu ‘Falls Best’ et cette longue tournée comme un miracle ?

Je ne sais pas (après une longue hésitation). C’est sûr, il y a quelques années, je n’aurais pas imaginé passer un mois en tournée avec un nouveau 12‘’ dans nos sacs. Dans ce sens, c’est une vraie bonne surprise.

Personnellement, comment as-tu réagi au split de CHOKEBORE ?

C’est arrivé après tout un tas de choses. Ca correspond aussi au moment où j’ai emménagé à Berlin. A la suite de cette décision d’arrêter, j’ai essayé de profiter du temps qu’il m’était à nouveau accordé pour travailler sur les arts visuels. Avant CHOKEBORE j’avais fait des études d’art. Tourner constamment avec le groupe m’a longtemps empêché de me consacrer à mes travaux. La fin du groupe m’a aussi encouragé à composer et à écrire des chansons en dehors du format CHOKEBORE. Comme par exemple travailler seul sur des instrumentaux.

As-tu sorti quoi que ce soit ?

Je vais sortir un album vinyle à 250 exemplaires  fin novembre. Sinon je poste aussi des morceaux sur Internet et je fais quelques concerts quand on me les propose.

Que peins-tu ?

Grâce à des amis qui ont une toute petite maison d’éditions (www.ialou.fr) sur Paris j’ai publié un livre ‘Some Pears’ de mes peintures qui est sorti il y a deux ou trois mois. J’ai fait aussi la couverture de mon album solo. Même si ce n’est pas une peinture j’ai fait la pochette de ‘Falls Best’ ainsi que le poster de la tournée.

Awesome  Qu’est-ce qui a été formidable durant l’enregistrement de ‘Falls Best ?

L’endroit où nous avons enregistré. C’était en bord de mer. Il faisait beau et chaud. J’adore suivre le projet d’un album de A à Z. De l’écriture au mastering en passant par le visuel de la pochette, toutes les étapes sont géniales. Je suis très content de la façon dont ça s’est passé pour cet Ep.

Etait-ce votre choix ou celui du label (Vicious Circle)  de sortir ‘Falls Best’ uniquement en vinyle dans un premier temps et ensuite en version digitale ?

Non, c’était notre choix. Sortir un album en cd est-ce vraiment nécessaire aujourd’hui ? Si c’est juste pour la musique alors tu peux la télécharger avec un code et si c’est pour l’objet, les vinyles sont vraiment plus beaux. J’ai toujours aimé les disques.

Un grand merci à Jonathan, Cécile, Abir et les Rockos.