On avait vraiment été touché par « Le jour du marché » (qui a d’ailleurs fait partie de la sélection officielle d’Angoulême 2011) et sa façon, délicate et sensible, de saisir le désarroi et l’angoisse de son personnage principal, tapissier juif d’Europe de l’est qui se retrouvait du jour au lendemain brutalement confronté au passage à un nouvel ordre économique : le capitalisme. Du coup, la sortie de cette trilogie « America » arrivait à point nommé pour découvrir ce que ces récits plus anciens de James Sturm avaient cette fois à nous dire sur son pays, les Etats-Unis.

Découvrir ou redécouvrir car l’un des récits (le plus connu), « Le swing du Golem », avait déjà paru il y a quelques années chez Seuil. « The Revival » et « Cent pieds sous la lumière du jour » étant quant à eux jusque là inédits en France. L’ensemble propose une vision sombre et amère de l’Histoire américaine en 3 tableaux. L’Amérique selon Sturm ? C’est Dieu, l’argent et le base-ball. Ainsi que du racisme (anti-chinois dans « Cent pieds… », anti-noir, anti-indien et anti-juif dans « Le swing du Golem ») et de la frustration tout autour…

De la violence de l’ère de la ruée vers l’or (notamment pour s’accaparer les meilleures mines) dans « Cent pieds… » à la tournée (façon show à la Buffalo Bill punissant les indiens) édifiante de l’équipe juive de base-ball des étoiles de David dans « Le swing du golem », l’auteur brosse un portrait intransigeant et très critique de son pays. Une terre brutale et intolérante où la loi du plus fort règne. Et où il est du coup difficile de se faire une place. Surtout si l’on n’est pas blanc ! Un pays qui se voulait être « le royaume de Dieu sur Terre » (l’exaltation des grands rassemblements religieux organisés dans la jeune Amérique, comme celui de Cane Ridge, au centre de « The Revival » est d’ailleurs rendue avec grand talent dans ce récit par un trait incroyablement expressif) mais s’est avéré n’être qu’un gigantesque miroir aux alouettes pour la plupart de ceux qui ont cru (comme les héros de ces 3 histoires) dans le rêve qu’on leur vendait. D’ailleurs, comme un symbole, « Le swing du golem » se termine sur une partie de base-ball scénarisée du début à la fin à l’insu du public…

C’est une autre histoire de l’Amérique que nous propose ici Sturm, celle des petites gens pour qui le rêve américain s’est transformé en cauchemar, porté par un dessin à la force et à l’acuité toujours aussi évidentes.

 

(BD –delcourt)