Avec ses trois premiers albums, le groupe de San Diego, seconde moitié de Three Miles Pilot, avait installé un univers romantique et mélancolique aussi dépouillé qu’émouvant. En trois album, Black Heart Procession avait convaincu avec son style mystérieux et minimal, ne dépassant guère la bichromie aussi bien musicale que graphique… Une émotion brute, sans fioriture. Alors, quand arrive ce quatrième album, au nom presque chaleureux (« Amore del Tropico » quand les précédents ne possédaient que de simples numéros), et sa pochette presque colorée, nous pouvions nous douter d’un changement. C’est en effet une nouvelle ère qui semble voir le jour. Amore Del Tropico débute même dans l’allégresse d’une guitare bossa ! Ceux qui connaissent la noirceur de la Procession comprendront notre étonnement. Et pourtant, après l’écoute des 15 titres de ce nouvel album, une conclusion vient à l’esprit : ces gars ont du génie ! Comment résister aux tubesques « Did you wonder », « Tropics of love », « Broken World », aux tristes « A sign on the Road » et « Fingerprint » (qui rappelle le Iggy Pop d’Arizona Dream), et même aux plus surprenants « The End of Love » et « Only one way ». Après trois albums plus parfaits les uns que les autres, il était nécessaire d’évoluer. Le trio/quatuor a plus qu’idéalement réussi le pari. Si la musique s’est étoffée, n’hésitant pas à faire appel à des chœurs féminins, ainsi qu’à divers arrangements plus travaillés, et si le groupe arrive à introduire quelques rayons de soleil dans sa musique, la noirceur émouvante typique de leur univers est plus que jamais sauvegardée. On nage en plein drame amoureux, mort à l’appui. Seulement le scénario devient plus complexe, plus travaillé. À l’instar d’un Nick Cave, dont l’image pouvait déjà être évoquée autrefois, le groupe arrive à ouvrir son jeu sans en perdre toute sa force émotive. Alors si la première écoute de ce chant amoureux risque de décevoir les aficionados du début, il est évident qu’un second passage rendra toutes ses lettres de noblesse à ce groupe majestueux. Album indispensable.

(Album – Touch’n’Go)