Dischord semble reprendre du poil de la bête ces derniers temps. Le label de Washington DC semble rejouer son rôle de défricheur. Après les découvertes, coup sur coup, des excellents Q and not U ou El Guapo, c’est au tour de Black Eyes de sortir de l’anonymat. Et c’est encore Ian MacKaye qui produit. Ce premier album nous dévoile donc un groupe de la nouvelle génération de Washington DC tout aussi excitant que leurs prédécesseurs. Black Eyes utilise deux batteries, et les classiques guitare/basse, pour composer une noise débridée et dégénérée qui vole autant à Fugazi qu’aux Rapture, en étant pourtant bien plus bruyante et bordélique que ceux-ci. Le mélange est assez intéressant : la musique se veut dépouillée, dissonante, et bien moins mélodique que ce dont nous avait habitué le label, tandis que les différents chants apportent l’aspect plus construit. La combinaison des deux chants est d’ailleurs une marque de fabrique forte du groupe. Une voix rappelle fortement les mélodies de Ian MacKaye dans Fugazi, tandis que la seconde, plus nasillarde et excitée, se rapprocherait d’un mélange de Q and not U (la voix de Harris Klahr), des Beastie Boys ou de The Rapture. Le mélange est excellent. Derrière, la musique, dépouillée à souhait, rappelle autant certains groupes post-punk du début des années 80, que le bordel organisé de certaines formations noise. Au final, l’album peut rapidement taper sur le système, mais en général, avec un peu d’entraînement et une bonne forme physique, on le trouve tout simplement grandiose !

(Album – Dischord)