Paris, Glazart, 19 mai 2010

Voilà plus de dix ans que je n’avais pas revu Nomeansno sur scène. Pourtant, je gardais de leurs concerts un souvenir mémorable. Depuis la fin des années 80, le groupe des frères Wright représentait la quintessence du groupe indépendant, sincère et créatif. Ces groupes qui rassemblaient autant les vieux punk, les hardcoreux, les fans de Fugazi, ceux des Stranglers, ou les avant-gardistes plus intellos. Malheureusement, vers la fin des années 90, le groupe sort quelques albums en dessous, et l’envie de les voir en concert me passe. Je reviendrais quand le groupe jouera à nouveau Sex Mad ou Body Bag sur scène… Et voilà que c’est ce qui arrive aujourd’hui ! Depuis la sortie de la compilation « The People Choice » (Wrong rds), le groupe se remet à jouer ses vieux tubes… Ni une ni deux, nous voilà, comme à la première heure, devant la salle du Glazart aux côté des nombreux punk à crêtes qui suivent encore les canadiens. Quand on se décide à rentrer, Tanxxx qui dédicace sa BD consacrée à Nomeansno a déjà plié son bordel. Les gens sont là pour Nomeansno, et après tout, elle aussi !En attendant, c’est Invasives, un trio de Vancouver dont je ne connais pas grand chose qui ouvre le bal. Le premier titre (Borderline Music) explique pourquoi Nomeansno les a emmené dans leurs valises. Le groupe joue un punk rock sans aucun doute inspiré par le trio. Même si on retrouve chez Invasives quelque chose de glam rock ! Le chant (aiguë) prend une place très importante dans leurs compos, devenant du coup, un peu agaçant (même si c’est certainement une de leur principale originalité). Malheureusement, comme beaucoup, je ne suis pas trop à ce que j’écoute. J’attends les vieux briscards. Mais, les jeunots ne s’en sortent pas trop mal. Il y a de bonnes choses. On a parfois envie de bâillonner le chanteur, mais l’ensemble possède suffisamment de bonnes trouvailles, pour rester efficace.

Nomeansno

Mais ne nous attardons pas, l’important ce soir, désolé les gars, mais c’est Nomeansno.
Premier choc quand les papys arrivent sur scène : les frangins ont pris un petit coup de vieux ! Normale me direz-vous, Rob Wright a tout de même dépassé les 55 ans ! Et pourtant les frangins sont encore là, prêt à en découdre avec une foules de punks déchaînés. Et bien que le groupe débute calmement sur le premier titre, je sais qu’ils ne sont pas là pour faire de la figuration ! Et dès le deuxième titre, la messe est dite. Premier tube à nous débouler sur le coin de la gueule (je ne me souviens malheureusement plus duquel), et la moitié de la salle se met à danser et sauter sur place. Pas de problème, Nomeansno est encore en vie, aussi énergique qu’à la première heure. Déboulante hardcore, technique rythmique, incursions jazz ou funk, tous les ingrédients faisant la force du combo sont présentes. Et même si le groupe ne joue pas que des tubes de la bonne époque, quelques perles lâchées ici ou là font leur effet. Le public se déchaîne (dans une ambiance très positive) sur The Day Everything Became Nothing, Body Bag, Metronome, Now (lors du rappel) ou It’s Catching Up. Certains semblent aussi apprécier les nouveaux titres. Ce n’est malheureusement pas mon cas, et je me sens vraiment en décalage sur deux morceaux frôlant le baloche (sans doute des trucs pondus dans les années 2000). Rien à faire, les compos d’aujourd’hui n’arrivent pas à retrouver la folie merveilleuse des premiers albums. Peu importe, ce soir l’ambiance est excellente, malgré les quelques dérapages habituels de la part du public, dont Nomeansno fera les frais (douche de bière et/ ou d’eau). Mais le trio est heureux d’être là, et offre sans compter. Une véritable leçon d’humilité et de passion. Et rien que pour ça, je suis aux anges, acceptant de me prendre des verres de bière sur la gueule sans broncher…
Après, je ne peux nier une petite déception de ne pas avoir entendu un grand nombre de tubes incontournables (Oh No, Bruno / Sex Mad / Victory, Two Lips, Two lungs… / etc.) au profit de titres, à mon avis, moins intéressants. En même temps, je peux comprendre que le groupe n’ait pas envie de jouer uniquement des morceaux qui ont maintenant 20 ans ! Je ne peux évidemment que fermer ma gueule en repensant aux concerts de l’époque qui ne possédaient, eux, aucun faux pas* (quel vieux con je fais !), et profiter de l’excellente prestation que le groupe nous offre tout de même encore en 2010. Respect total.

je conseille à ce sujet de ré-écouter le « Live and Cuddly » sorti chez Alternative Tentacles en 1991, qui représente parfaitement cette époque.

photos : CG