A 17 ans, après avoir avalé des médicaments, Sibylline s’est réveillée sanglée sur un lit dans un hôpital psychiatrique. Contre sa volonté, elle y restera presqu’un mois. 15 ans après, elle raconte ce séjour dans « Sous l’entonnoir ». Comme pour tenter de refermer définitivement ce chapitre douloureux de sa vie.

Organisé en courts épisodes, le récit évoque ce qui fait le quotidien de ce genre d’endroit : les entretiens avec le médecin référent, le rituel de la prise de médicaments, la joie de recevoir des colis de l’extérieur (des madeleines et de la confiture de chez Hédiard envoyées par grand-papa), les rapports parfois difficiles avec le personnel soignant (certains d’entre eux ont tendance à voir tous les pensionnaires comme des fous), les autres patients, inquiétants, drôles ou menaçants, avec parfois des pathologies très lourdes, les visites ou les sorties à l’extérieur (comme pour aller faire de l’escalade) de quelques heures.

Un témoignage sur l’internement qui se lit avec intérêt. Parce que, sobre et digne, il évite spectaculaire et pathos pour se concentrer avec sincérité sur l’expérience vécue alors. Et surtout parce qu’il donne à voir les scènes sans émettre de jugement, laissant le soin au lecteur de se forger sa propre opinion. Une expérience forcément teintée de moments de doutes (pourquoi suis-je là ?), d’inquiétudes (et si les médecins décidaient de me garder ?), de peurs (et si je passais à mon tour sous l ‘entonnoir ?) et de quelques joies (grâce à quelques rares belles rencontres) véritablement portée par le travail graphique très personnel de Natacha Sicaud. La dessinatrice a en effet opté pour des couleurs très vives (certainement pour éviter que l’atmosphère du récit ne soit trop lourde) et un trait plus sobre, à l’instar de la narration, qui ne s’appesantit pas sur les décors (très minimalistes de toutes façons dans les hôpitaux psychiatriques pour raison de sécurité) pour mieux se concentrer sur les visages des personnages, ici tellement expressifs qu’ils en sont criants de vérité. C’est le vrai atout de « Sous l’entonnoir ».

(BD – Delcourt)