1917. 3 ans ont passé depuis la fin du tome 1. Jean et Ousmane n’ont eu d’autre choix que de rejoindre les tranchées du nord de la France pour combattre les allemands. Mais malgré leur courage et leur bravoure au feu, leur condition (Ousmane reste le « négro » de service tandis que Jean, paysan illettré, est soldat de base) ne va pas tarder à les rattraper. En effet, peu après leur rencontre, les 2 hommes vont se retrouver sous le commandement d’Auxence Borie, originaire du même village, qui, jaloux de la santé (lui est bien malade) et de la fiancée de Jean, va bientôt lui proposer une mission suicide dans le camp ennemi…

Pour son premier scénario (s’il y avait déjà collaboré, c’était en tant que dessinateur) pour la collection Aire libre, Lax livre un diptyque engagé qui a décidé de revenir sur une page sombre de l’histoire de son amère patrie, la France : celle de la guerre 14-18, des choix stratégiques criminelles de Nivelle et d’autres généraux lors de la der des ders ou des exécutions honteuses pour désertion de soldats qui n’avaient souvent pas fait grand chose pour mériter cela…

Plus globalement, on sent dans « Amère patrie » la volonté de régler son compte au vingtième siècle, probablement le plus violent de l’Histoire de l’humanité. C’est un cri viscéral contre l’injustice qui y régnait et qui rendait des hommes esclaves toute une vie parce qu’ils n’étaient pas bien nés. Ouvriers esclaves de leur patron ; femmes de leur père ou mari ; autochtones des colonisateurs ou citoyens enrôlés de force dans des guerres auxquelles ils n’entendaient pas grande chose de leur gouvernement…Un cri (judicieusement mis en images par Blier) parfaitement symbolisé par le personnage d’Hubertine, veuve de Jean et féministe dans l’âme, et son combat, seule contre tous, pour réhabiliter la mémoire et l’honneur de son mari. Un diptyque fort dans la droite lignée des « Oubliés d’Annam » ou de « Azrayen », fruits de la collaboration de Lax avec Giroud il y a quelques années pour la même collection.

 

(BD – Aire libre)