Alors qu’ils quittent leur troquet paumé favori, René et Jean-Pierre, quelques grammes d’alcool dans le sang, refont le monde et philosophent sur la beauté des espaces intergalactiques, derniers endroits où l’on peut « frôler l’infini du bout des doigts ». Quand soudain, au coin d’une rue, un homme accompagné de 3 extraterrestres apparaît devant eux. Il annonce à René qu’il n’est pas celui qu’il croit être. Il est Valérian mais a en fait été téléporté dans ce corps quelconque d’humain à moustache du XXIème siècle par l’un de ses pires ennemis : Jesperiank le Jakolass. Albert est venu pour l’aider à réintégrer son ancien corps !

« Valérian » de retour ? Rassurez-vous ! Christin et Mézières ne sont pas revenus sur leur décision d’arrêter leur saga de science-fiction fétiche avec « L’ouvretemps », 22ème opus de la série. Non, ils ont simplement eu l’idée, avec Dargaud, d’en lancer une nouvelle qui verrait d’autres auteurs qu’ils apprécient revisiter leur univers, à leur façon, le temps d’un one shot. Dans le même esprit que « Le Spirou de… » chez Dupuis. Et pour qu’il soit d’emblée clair pour tout le monde que ce « Valérian par… » n’est absolument pas une suite, le choix s’est porté sur Larcenet, gage de décalage et de relecture irrévérencieuse s’il en est, pour en réaliser le premier tome.

Symboliquement d’ailleurs (très belle idée de scénario !), l’épisode s’ouvre (et se referme aussi, comme s’il s’agissait d’une parenthèse enchantée, d’un rêve d’enfant pour Larcenet) dans le bar Chez Francisque, où la série éponyme de Larcenet et Lindingre se déroule habituellement, avant de rejoindre l’espace, terrain de jeu plus familier des aventures intergalactiques de Valérian. Le reste du récit sera à l’avenant : notre homme proposant un scénario qui rentre dans le cadre de la série originelle tout en y ajoutant bien entendu sa touche très personnelle faite d’humour loufoque et d’une inventivité complètement débridée.

Du coup, comme on pouvait s’y attendre, « L’armure du Jakolass » est un pur régal. Scénario totalement free réservant des rebondissements improbables à la pelle, confrontation de Laureline avec le nouveau corps de son Valérian qui offre quelques scènes tout simplement jouissives, dialogues hilarants et mordants, charge antireligieuse bien appuyée en fil conducteur : tout dans ce premier tome fonctionne à merveille. De l’excellent Larcenet qui lance idéalement cette nouvelle série concept ! A qui le tour ?

(BD –Dargaud)