Avec un dernier album excellent à mi-chemin entre la surf-music rythmée de Dick Dale et la noise anguleuse de Shellac, les barjots de Man or Astroman? reviennent à la conquête de la planète Terre et de son electronic vintage. Rencontre intergalactique entre ici et nulle part.

Sur votre dernier album (a spectrum of infinite scale), tout comme sur le précédent, vous semblez ouvrir votre champ musical à certains éléments noise, et, en même temps, vous utilisez beaucoup d’électronique. Dick Dale doit être furieux ! Est-ce que vous voulez sonner plus noise que Shellac pour ridiculiser Steve Albini ?
C’est toujours une question étrange… Je me demande si, à vrai dire, les gens se posent là et pense consciemment au style de musique qu’ils vont créer pour eux-mêmes ? Je suppose que tous les groupes avec qui nous avons joués ou avec qui nous avons eu des rapports a eu un effet sur ce que nous faisons, mais les raisons de la formation du groupe ne comprennent ni l’idée de compétition ni celle de clans. Cependant, Albini sait que nous l’avons écrasé.

Vous avez ouvert votre propre studio d’enregistrement parce que vous n’en avez trouvé aucun, dans le passé, qui sonnait comme vous le désiriez ?
Non, c’est juste une façon de pouvoir enregistrer sans pressions extérieures et sans contraintes financières. Nous avons eu tant de plaisir à foutre le bordel dans nos disques que nous avons décidé que ça serait encore plus marrant de le faire avec d’autres personnes. Et c’est aussi une autre étape dans le fait de contrôler l’existence d’un groupe dans sa globalité.

Est-ce que Steve Albini a aimé ce studio ?
Oh oui ! Il a été d’un très grand soutien, et il nous a aidés à revoir une grande partie des plans. L’une des principales raisons qui nous a poussée à enregistrer ce disque était d’avoir sa participation au studio, parce qu’il a juste appliqué le même procédé pour monter son studio, simultanément, à Chicago.

J’ai l’impression que vous êtes fans de l’électronique des années 80, non ?
Bien sûr. Nous sommes tous des « new-wavers » dans notre cœur !

Qu’est-ce que tu aimes dans l’électronique des années 80 ?
J’ai l’habitude de rendre mes potes dingues en mettant Art Of Noise ! Mais, heureusement, cela n’a toujours pas atteint ma coupe de cheveux ! Sinon, je suis un gros fan de vieux Roland, d’Oberheim et des synthés à circuits séquentiels de ce temps-là.

Vous avez créé votre propre logiciel de sampler. Est-ce encore par soucis de tout contrôler ? Les logiciels humains n’étaient pas assez évolués pour vous ?
Il y a un tas d’instruments tout faits sortis ici qui sont excellents, mais tu ne pourras tout simplement jamais remplacer cette obsession que nous avons tous de modifier ou de fabriquer les choses nous-mêmes ; cela nous rend bien plus souvent dingues, et on n’en a jamais assez !

Et votre mailorder en ligne, « Zerotec » ? L’avez-vous créé pour aider les petits labels et les groupes indépendants ?
Zerotec est, en effet, principalement un système créé pour aider les groupes qui n’ont pas la structure pour vendre et distribuer leurs disques en ligne. L’idée s’est en fait développée un peu plus rapidement que ce que nous pensions. Estrus Records, qui a sorti nos trois premiers albums aux Etats-Unis, était le label test, et leurs disques se vendent constamment très bien. La principale différence entre Zerotec et les autres magasins de CD on-line est l’accès. Avec Zerotec, tu peux commander à partir du site web du groupe ou du label, même si tu n’as jamais entendu parler de Zerotec.

Que devient le projet des clones ?
Les Clones sont une manière de porter au maximum le droit qu’à Man or Astroman ? d’utiliser l’ADN. Il y a deux groupes astro-clones, bien distincts, issus de notre ADN. La version 100%-Homme se nomme les Alpha Clones, et la version 100%-Femme les Gamma Clones. Les deux groupes Clones et le groupe original tournent en même temps, ce qui engendre pas mal de confusion ! Personnellement, je pense que ce sont les Gamma Clones qui secouent le plus.

Est-ce que vous pensez qu’on pourra les voir en Europe ?
Non, les Clones sont l’affaire d’une fois. Si vous les avez loupés, je ne vois pas comment votre vie pourrait être complète à présent !

Quand pensez-vous que vos fans pourront venir avec vous sur votre planète pour une énorme fête intergalactique ?
Je ne sais pas, mais j’aime cette idée. Je pense que ça devrait être définitivement mieux que les vans ou les bus des tournées, à la mode terrienne. Il y a un endroit aux Etats-Unis, Branson, dans le Missouri, où des performers country jouent parfois, avec un rythme de trois fois par jour, 100 jours par an, et ensuite, ils décrochent le reste de l’année. Nous allons étudier le marché pour le faire sur un niveau intergalactique.

(interview réalisée par mathieu et natasha)