Marvin, Papier Tigre, Electric Electric, Pneu (Mains d’Œuvres, St Ouen, le 13.09.2010)

Je le savais, la Colonie de vacances était une affiche qui risquait de rameuter du monde. La colonie de vacances, c’est le nom débile qu’ont choisi Marvin, Papier Tigre, Electric Electric et Pneu, quatre des valeurs montantes de la scène noise (et dérivés), pour nommer leur tournée commune. Autant dire que le ton était donné.

Pour ce qui est de l’affluence, on savait que Marvin et Papier Tigre étaient devenus des groupes « bankable » depuis quelques temps (preuve en est leur dernier passage à Paris, déjà complet). Alors, accompagnés des deux autres, je me doutais qu’on ne serait pas seul ce soir. De là à m’attendre à cette queue interminable, il y a des limites. Et pourtant, en ce lundi soir, à plus de dix minutes d’une quelconque station de métro, le public est au rendez-vous, et en nombre !
Bon, le temps de faire (un peu) de cette foutue queue, et de traverser les vingt mètres de la première salle, j’arrive pour la fin du set de Pneu. La salle est bien remplie, et comme le duo joue à même le sol, je ne vois évidemment rien (comme 70% du public à priori), mais j’entends. Et ça bastone sévère. A coups de larsens et de saturation extrême. Ça pourrait le faire si je n’avais jamais vu Lightning Bolt en concert. Mais là, en jouant dans la fosse, à deux, difficile de faire abstraction. Notons tout de même l’arrivée du batteur de Papier Tigre pour une intro qui apporte un petit côté exclusif à la soirée (ou à cette tournée). Sympa.
Retour dans la première salle. Grande première dans l’histoire du rock’n’roll, côté bar, ça patine sec, et le gentil public du jour a formé une magnifique queue à travers toute la première salle. Chaque bière prenant 5 minutes à être servie (problème de pompe semble-t-il), vous pouvez compter vingt minutes pour vous désaltérer. Françoise Massacre et Olivier Nextclues, qui ont gardé une âme de vieux punk, contestent et niquent tout le monde. Fuck the System !

Marvin
marvin
Electric Electric montent déjà sur scène. Beaucoup les attendent. Les strasbourgeois ont le vent en coupe en ce moment. Le duo, devenu trio, fait forte impression. Ceux qui les attendaient sont aux anges, tandis que ceux qui ne les connaissaient pas se prennent une claque. Combien de personne m’ont dit avoir adoré après leur prestation ! Il faut dire que les gars savent y faire, jouant sur un mélange de claviers, de gros beat dance, et d’un math-rock allégé, version Battles populaire. Personnellement, je suis surpris par la place que prennent les effets et autres sonorités électroniques. L’album me semblait plus rock. Et en bon vieux punk, les rythmiques de boites de nuit ne tardent pas à me gonfler. Les gars sont super au point, et j’apprécie particulièrement leur cohésion, avec le guitariste qui annonce les changements (en plus de balancer quelques très bons plans) et les deux autres qui suivent impeccablement. Ça vie, c’est classe. Mais, au bout de trois, quatre morceaux, la pauvreté rythmique me donne l’impression d’être en boite de nuit. Je sais, ça plaît, mais moi, ça me rappelle que je cherche autre chose dans cette musique. Désolé les gars. Notons ce coup-ci que c’est JB de Pneu qui vient  copuler avec les Strasbourgeois sur le final.

Puis, les Nantais de Papier Tigre vont installer une toute autre ambiance dans la salle. Pour la première fois depuis le début de la soirée, un groupe va tirer sur des ficelles plus fines. C’est un peu ce que j’attendais. Le groupe est à son aise (plus que lors de son dernier passage à Paris), revisitant la culture Dischord en mode déstructuré. Alors, certes, on regrette que les trois nantais passent leur temps à passer de plans en plans, sans jamais laisser l’auditeur profiter de leurs excellentes trouvailles, mais je prends un plaisir certains devant leur savoir faire, et ça me suffit. Je profite de leur groove étrange, de ce batteur incroyable, du chant, et des guitares, toutes en finesse. Le public semble pourtant légèrement moins nombreux dans la salle (rien de très marquant non plus). Logique, entre les ultra-dansant Electric Electric, et les ultra-dansant (bis) Marvin,Papier Tigre sont un peu les marginaux de la soirée. Grande classe. J’oubliais, les Nantais ont aussi le droit à leurs minutes échangistes avec l’arrivée du batteur dePneu, et du guitariste d’Electric Electric pour taper la mesure sur un morceau. Une vraie colonie de vacances.

Papier Tigre
papier tigre
Puis c’est enfin Marvin qui vient clôturer cette soirée. Tiens, j’ai l’impression que Housse de Racket (duo frenchie daubesque) a pris leur place ? Ah merde, c’est juste Fred et Marvinette qui leur ont volé leur bandeau de tennismen (des bandanas en fait) ! Voilà, c’est parti. Le trio balance sa noise trans-amienne. Le public ne tarde pas à se lâcher. Ça danse, ça saute, c’est un joyeux bordel. Derrière la vision quasi techno d’Electric ElectricMarvin ferait presque office de punk ! Ça fonce tout droit, à la vas-y que j’te pousse. Energie à son maximum, guitare-héro  de sortie (mode mauvais goût assumée). Marvin est dans la place. Et la partouze continue avec l’arrivée de trois chanteurs/danseurs masqués (deux Papier Tigre et un Pneu ?) qui nous assènent quelques gueulantes rap du meilleur effet  avant de sauter dans le public, laissant Marvin reprendre de plus bel. Le groupe nous offrira par la même occasion (pas radin les montpelliérains) une sympathique reprise de Devo. Tout le monde ressort en nage (clim en grève depuis quelques temps) mais heureux.

La colonie de vacances a fait le plein. Réussite totale.
Mais si on refaisait la même sans groupe dansant, y aurait-il autant de monde ?
Telle est la question de cette nouvelle scène indé.

Marvin
marvinette

photos : CG