Pour son travail (dans le cinéma d’animation), Guy Delisle a beaucoup voyagé. Il en a profité pour raconter ses expériences dans ces différents pays dans « Shenzhen », « Pyongyang » (tous 2 sortis à l’Association) et « Chroniques birmanes » (chez Delcourt). Plus récemment, entre 2008 et 2009, il a séjourné à Jérusalem, suivant, cette fois, sa femme, coordonatrice pour Médecins sans frontières. « Chroniques de Jérusalem » est le récit de ces 12 mois.

L’auteur y reprend la forme du journal de bord qu’il affectionne tant. Divisé en courts chapitres (allant de 1 à plusieurs pages), il s’y met en scène en observateur un peu candide qui raconte son quotidien : son goût pour le houmous, la galère pour passer les check-points, ses 2 enfants à gérer, les situations abracadabrantesques générées par la construction du mur, la guerre des pierres, ses problèmes de voiture ou la cohabitation compliquée des différentes religions monothéistes en un même lieu…Une sorte de longue carte postale (plus de 300 pages quand même), très hétérogène, qui va du très anecdotique (la femme de ménage bizarre qui fait tourner une machine pour une chaussette) au carrément édifiant (les partis d’extrême droite israéliens qui commettent des attentats contre des fondateurs, israéliens eux aussi !, d’associations pour la paix).

Des anecdotes inégales donc mais qui, mises bout à bout, finissent par former un tableau vivant et surtout fidèle de la situation surréaliste et inextricable dans laquelle se trouvent ces 2 pays. De son trait simple mais aiguisé, tantôt drôle tantôt poignant, Delisle parvient notamment à capter quelques moments forts –les larmes de leur nounou qui vient de recevoir un avis d’expulsion de sa maison afin qu’elle soit ensuite détruite ; la fierté d’un guide, juif, d’Hébron quand il raconte que son fils de 16 ans et un copain se sont installés dans une tente sur une colline de la ville pour y démarrer une nouvelle colonie !- qui en disent long sur ce que vivent (drames, humiliations, misère) chaque jour les palestiniens.

Une approche différente de celle de Sacco pour « Gaza 1956 » ou de Maximilien Le Roy dans « Faire le mur », plus légère et moins engagée, mais qui décrit une même réalité et aboutit aux mêmes conclusions. Une lecture fortement conseillée.

 

(Récit complet – Delcourt)