On peut considérer « Reportages » comme le nouveau Sacco. Car si le livre rassemble en fait différents travaux que l’auteur américain a réalisés pour des journaux ou magazines comme Time, Harper’s, The Guardian ou The New-York Times ces dernières années, la plupart (en fait, tous sauf un, « Les fermiers aux pieds nus », publié dans la revue française XXI début 2011) n’était auparavant disponible (assez difficilement du coup) qu’en anglais.

Comme pour toute compilation, l’ensemble est hétérogène. La longueur des récits varie en effet d’une page (un édito pour le Boston Globe paru en 2002) à 48 (« Les indésirables », paru dans The Virginia Quarterly en 2010) ; on y trouve aussi bien de la couleur que du noir et blanc et les sujets traités sont variés : la guerre « anti-terroriste » menée par les russes en Tchétchénie, la pauvreté en Inde ou la destruction de maisons sous lesquelles sont censés se trouver des tunnels dans la bande de Gaza.

On y retrouve cependant ce que l’on aime chez Sacco : cette volonté de faire entendre la voix des oubliés, des démunis, de ceux qui souffrent, que ce soit les Dalits considérés comme des moins que riens en Inde sous prétexte qu’ils appartiennent à une caste inférieure, des irakiens que l’on a torturés et humiliés parce qu’on les croyait sympathisants de Saddam Hussein ou des immigrés clandestins africains méprisés et parqués dans des centres de détention sur l’île de Malte…Mais si l’on sent vers qui va sa sympathie, Sacco n’en oublie pas d’être objectif. Car son travail est avant tout celui d’un journaliste. Et sa méthode se veut la plus éthique possible (même si le dessin implique forcément une interprétation) : le trait est incroyablement précis et éclairant (quelle expressivité dans les visages, par exemple !), l’auteur recoupe les témoignages pour vérifier ce qui est allégué et donne la parole aux différentes parties en présence dans les divers conflits ou guerres qu’il couvre.

Cela donne d’autant plus de force à ses reportages qui prouvent une nouvelle fois brillamment que le journalisme a toute sa place dans la bande dessinée !

 

(Recueil de reportages – Futuropolis)