Il l’avait annoncé : Tardi poursuit son adaptation de romans de Manchette. Après « Le petit bleu de la côte ouest » et « La position du tireur couché », peut-être les récits les plus connus (et reconnus) du romancier français, Tardi s’est, avec « O dingos ô châteaux », cette fois attaqué à une œuvre de jeunesse.

Car quand Manchette l’écrit, il n’a que 2 romans à son actif, et encore, en collaboration avec Bastid. Et ça se sent. Dans quelques maladresses et invraisemblances (pas vraiment embêtantes) mais surtout dans cette méconnaissance des codes du polar français de l’époque (on parle là du début des années 70),qui aboutissent paradoxalement à cette liberté de ton et cette extravagance dans sa façon de mener la narration.

Mais ce n’est pas si surprenant que cela quand on songe au titre. Car il y a ici des dingos : des dépressives et autres névrosées qu’Hartog (le propriétaire des châteaux en question) emploie comme nourrices de son neveu dont il est le tuteur légal depuis la mort de ses parents (il a hérité en même temps de leur fortune). Généreux et philanthrope en apparence, Hartog charge en fait Tompson (et son équipe de bras cassés) de kidnapper le gamin et sa chaperonne pour ensuite maquiller leur mort en suicide. Mais Nénesse, Frédo et Bibi s’y prennent bien entendu comme des manches et voilà Julie et le petit Peter envolés dans la nature. La cavale qui s’en suit est aussi violente que délirante. On y voit un voyou en slip dans la rue, un revolver à la main, une course poursuite pas piquée des hannetons au beau milieu des rayons d’un supermarché en feu, le tout sous le regard médusé des ménagères venues faire leurs courses ou un tueur à gages en proie à des soucis gastriques qui dévore une truite crue à pleines dents. Ce road movie décalé (une sorte de roman noir mais pas vraiment pour de vrai) se termine comme il se doit : en vrai bain de sang loufoque !

Certainement pas la meilleure adaptation de Tardi mais assurément l’une des plus étonnantes !

 

(Récit complet – Futuropolis)