Une troisième complainte qui nous réserve d’emblée 2 surprises de taille : si Roland Vialatte continue de raconter ses souvenirs de la grande guerre sur son lit de mort, toujours aussi régulièrement pris de brutales quintes de toux (à cause des gaz inhalés), Kris et Maël ont décidé de lui accorder un peu de vie supplémentaire ! En effet, la série, initialement prévue en 3 tomes, comptera finalement 4 complaintes. Et si l’on avait quitté le gendarme enquêteur au début de l’année 1915 avec la mort de Peyrac et de ses hommes au cours d’une attaque allemande en première ligne, ce troisième épisode débute en 1917 au beau milieu d’une bataille violente dans laquelle est impliquée une division de chars, à la tête de l’un desquels se trouve le lieutenant Vialatte !
Une ficelle scénaristique assez inattendue, il faut l’avouer, qui permet à Kris de complexifier son intrigue (en soulevant de nouvelles questions : pourquoi Vialatte se trouve-t-il dans ce char ? Et quid de l’enquête sur ces meurtres de femmes au beau milieu des tranchées ?) tout en relançant complètement l’intérêt du lecteur. Elle marque aussi le début d’un second mouvement dans la série. Car après cette scène enlevée inaugurale, le rythme retombe et se fait plus calme. Comme une sorte de respiration, de parenthèse…L’action va en effet désormais se passer à l’arrière : c’est là que l’enquête de Vialatte, après quelques révélations comblant en partie l’ellipse entre ce tome 3 et son prédécesseur, va rebondir. Les 2 auteurs en profitant bien sûr pour poursuivre leur portrait intense et personnel de la der des ders avec cette fois des scènes se polarisant sur la vie loin du front : les premières grèves ouvrières et féministes, les revendications pacifistes qui enflent, les tensions entre gendarmes et soldats…Avant que la folie de la guerre ne rattrape Vialatte et Desloches, son bras droit, au cours d’une dernière scène aussi âpre que poignante.
Une série qui est en passe de devenir incontournable.

(Série en 4 tomes – Futuropolis)