Ce soir, je vais pour la première fois de ma vie voir à quoi ressemble le Casino de Paris. Je n’y vais pas pour Cœur de Pirate, ni pour Schreck la comédie musicale, mais pour Explosion in the Sky et Papier Tigre. Le post-rock a fait du chemin depuis le premier album de Tortoise, et aujourd’hui, un groupe comme Explosion in the Sky remplit tout de même une salle comme le Casino de Paris. Respect. Surtout que les américains ont eu la gentillesse d’inviter Papier Tigre sur ce concert. D’ailleurs, les trois nantais ne doivent pas en mener large en coulisse. Ils ont déjà joué sur quelques dates prestigieuses, aux Etats-Unis ou au Brésil par exemple, mais je pense que les balcons du Casino de Paris doivent continuer à les impressionner. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on voit ce genre de groupe à l’affiche d’une telle salle.
Bon, le revers de la médaille, c’est le prix de la soirée : 30 euros ! C’est sûr, on navigue dans d’autres sphères, avec bar à vins dandy et canette de bière à 5 euros. Les habitués de Papier Tigre risquent d’être quelque peu absents ! L’occasion pour le groupe de convaincre un public venu en masse pour écouter du post-rock… Moi, contrairement à ce fameux public, ce qui me titille, c’est d’entendre le nouvel album des français en live. On y reviendra dans une chronique qui lui sera consacré, mais ce troisième album est encore une fois une sacrée réussite.
Il est 19h45, la salle se remplit, Papier Tigre entre en scène. Batterie devant, au centre, avec un guitariste de chaque côté.

Le set va être composé à égalité de titres du deuxième et du dernier album. Les anciens et les nouveaux titres s’imbriquent avec une cohérence parfaite. En plus, le son est aussi bon que sur disque, c’est à dire excellent. Je prends un plaisir non feint, malgré la moustache du guitariste (Arthur). Les morceaux s’enchaînent sans fausse note. L’énergie est là, le feeling passe. Les nouveaux morceaux s’imposent déjà comme des tubes qu’on connaît depuis des siècles. Je tombe amoureux du batteur (Pierre Antoine) et de son short de footballeur des 70’s. Devant moi, Arthur se tortille, ondule. Au loin, Eric, plus en retenu, balance ses mélodies vocales à la perfection. Le public, bon joueur, donne de la voix ; ça applaudit. De plus en plus au fil du set. Bien assis dans leurs fauteuils, sur les balcons du Casino de Paris, ils semblent apprécier de se faire remuer un peu. Tant mieux.
Et c’est amplement mérité, car en dehors des interventions un peu maladroites qui laissent transparaître un léger mal être chez les frenchies, les morceaux du nouvel album se sont imposés, sans sourciller, grande salle ou pas. Ce soir là, Papier Tigre était bien ce groupe d’envergure internationale. Il est 20h20, en à peine une demi-heure, Papier Tigre a gagné la partie.

Reste à poireauter vingt minutes pour attendre les stars de la soirée. Cela fait des siècles que je n’ai pas écouté les albums d’Explosion in the Sky que j’ai ici. Mais, je ne m’attends pas à être surpris.

Le public, lui, est conquis d’avance. Tu m’étonnes, à 30€ la place, vaut mieux pas être déçu de ta soirée. Quelques mots dans un micro mis sur le côté de la scène pour dire bonjour au début du set, et au revoir à la fin (le tout en français), et les ricains commencent langoureusement leur prestation instrumentale. Post-rock en veux-tu, en voilà ! Comme sur disque, les guitares sont belles, cristallines à souhait, les montées inévitables, les envolées peu subtiles… le début du set ne me convainc pas vraiment. Du bon post-rock, dans la lignée de Mogwaï. Il m’en faut un peu plus.  Régulièrement, les mecs jouent assis sur scène, comme pour une convention scout. Y a pas à sourciller, le post-rock, c’est un monde en soit. Le guitariste devant moi me rappelle pourtant d’autres personnalités. Quand il n’est pas assis sur scène, il joue plié en deux, un peu comme Troy de Chokebore, et se dandine un peu comme Guy Picciotto de Fugazi. Pour le reste, Explosion in the Sky excelle dans le beau, le sublime, le sensible, le cristallin… sortez les camions de pompier !  La deuxième moitié du set me semble plus inspirée, plus subtile. Toujours les mêmes émotions, les notes toujours là où on les attend, mais ça me touche un peu plus. Pas autant qu’un gars à côté de moi qui semble planer dix mètres au-dessus. Lui, je crois qu’on l’a perdu. Moi, je suis toujours là, et au bout d’une grosse heure, je commence à vraiment sentir mes jambes. Je me demande ce que je vais bouffer en sortant, et je me souviens que je dois appeler l’électricien le lendemain. Bref, la beauté a eu raison de moi, je décroche. Pas mécontent quand ça s’arrête. Pourtant les gars ont bien fait leur job, émotionnel et tout. Le public a adoré. Moi, je retiendrais surtout le concert de Papier Tigre. Histoire de goût.