La pression s’intensifie sur le Lousdém : les faucons de la maison blanche trépignent et poussent en effet Bush à y intervenir. Même Jeffrey Cole, le secrétaire d’état américain, plus modéré, a désormais accepté l’idée de cette guerre. Du coup, le ministre des affaires étrangères français, Alexandre Taillard de Worms, et son équipe de conseillers sont sur les dents : il leur faut absolument convaincre les autres membres du conseil de sécurité de l’ONU qu’une telle intervention serait aussi démesurée que dramatique pour l’unité de la communauté internationale. Autant dire qu’Arthur Vlaminck, responsable des langages (autrement dit chargé d’écrire ses discours) de Taillard de Worms, est sur le pont 24 heures sur 24, obligé de travailler en flux tendu pour suivre les demandes et inspirations parfois originales de son supérieur…

Alexandre Taillard de Worms, alias Dominique de Villepin, se tenant debout face à New-York et à l’Amérique, en dernier rempart contre la guerre : indéniablement le plus beau rôle de l’ex-ministre, parfaitement symbolisé par la magnifique couverture de ce second (et dernier, snif…) tome des « Chroniques diplomatiques » de Lanzac et Blain, qui ont ici réussi à faire encore mieux que dans le premier volet !

Ils y brossent une nouvelle fois avec une incroyable maestria le portrait de cet homme politique singulier. Lyrique, grandiloquent, capable « d’épicer » ses discours avec de l’Héraclite ou du Démocrite, pas toujours très lucide au point parfois d’avoir du mal à redescendre de sa tour d’ivoire, conscient de foncer droit dans le mur mais mettant un point d’honneur à le faire avec panache : tel est Taillard de Worms, pouvant même, à l’occasion, se prendre pour le Minotaure (quelle riche idée scénaristique !) s’opposant à mains nus à « des soudards paranoïaques qui veulent régler le monde à coups de trique ». Tout en continuant à nous faire découvrir les arcanes de la diplomatie mondiale (rappelons que le scénariste, Abel Lanzac, sait de quoi il parle puisqu’il a lui-même été membre de plusieurs cabinets ministériels) : les tractations pour convaincre les ministres des autres pays de soutenir la position de la France, les subtilités des réécritures des propositions de résolution mais aussi les coups bas entre conseillers, à l’intérieur même du cabinet, pour se rapprocher un peu plus du ministre. Avec une inspiration et une inventivité graphique toujours aussi réjouissantes. Taillard de Worms (je parle de l’avatar dessiné, hein !) va vraiment nous manquer !

 

(Série en 2 tomes – Dargaud)