La programmation de la Flèche d’Or, et de cette soirée Inrockuptibles, étant ce qu’elles sont, nous ne nous pressons pas vraiment pour rejoindre la salle parisienne. Si bien qu’à force de traîner, nous loupons tout simplement les trois premiers groupes (sans véritable regrets) et arrivons pile poil pendant le sound check de Wild Flag. On aurait voulu le faire exprès, on n’aurait pas réussi.

Mais le fait est que ça nous arrange bien. Car ce sont en effet les américaines que nous sommes venus voir. Au nom des années Sleater Kinney, nous ne pouvions tout simplement pas louper la première tournée française du nouveau groupe de Carrie Brownstein et Janet Weiss.

Nous ne sommes pas les seuls vu le nombre de personnes présentes. Et dès les premiers accords, le public est conquis. Pourtant, avec ses quelques larsens désagréables et un son qui semble les déstabiliser un peu, les filles ne sont pas en pleine possession de leurs moyens. Le premier morceau flotte mollement, et a du mal à m’entraîner avec lui.

On sait que Wild Flag n’a pas encore atteint le niveau que les CV des demoiselles pouvaient laisser entendre, mais tout de même, j’en attends un peu plus. Heureusement, au fur à mesure du concert, les filles vont reprendre les choses en main et dérouler leur set avec un savoir faire et une joie qui font plaisir à voir et à entendre. Mary Timony et Carrie Brownstein, tiennent le micro l’une après l’autre. Plus que sur disque, la scène dévoile vraiment leur dualité. Les morceaux de l’une, puis de l’autre, s’enchaînent. L’ex-Sleater Kinney tenant les titres les plus énergiques (qui a dit punk ?), alors que l’ex-Helium redonne un aspect plus pop (souvent soutenue par les chœurs). L’alternance est agréable. D’autant plus que les filles ont l’air de s’amuser.

Il faut dire que Wild Flag est un peu un ovni en 2012. Ni très technique, ni très radical, pas si dansant que ça, et pas franchement pop, le drapeau sauvage redonne une vision féminine à la musique indépendante. Féminine mais pas mielleuse. Car les filles ont beau avoir dépassé l’adolescence depuis quelques printemps, on sent toujours une énergie foncièrement rock les traverser.

Les tubes comme « Romance » ou « Electric Band » remportent tous les suffrages. Dans ces moments là, les filles assurent. Parfois, c’est un poil en-dessous. Leurs digressions psychédéliques (comme sur la fin de Sleater Kinney) sont un peu longues, d’autant plus que les filles n’ont pas le son hargneux de leurs aînés. On sent que Led Zeppelin et les Who ne les laissent pas insensibles, mais il leur manque encore cette folie et cette envie d’en découdre que les groupes anglais représentaient si bien à l’époque.

Retour du côté de New York pour le final. En effet le rappel sera composé de deux reprises, l’une de Television (excellent choix), l’autre des Ramones. Dernière preuve de bon goût s’il en fallait une.

Au final, le quatuor nous assure un bon concert, mais dont nous pouvions attendre un peu plus. Les mélodies sont là, les chants touchent toujours aussi justes, la batterie de Carrie m’impressionne, et le plaisir domine. Manque juste un peu plus de folie et de mordant pour dépasser le simple statut de bon groupe.

(photos : Robert Gil)