La mort ! Rien que ça. Voilà de quoi Judith Vanistendael entend nous parler dans ce roman graphique, très inspiré, autant le dire tout de suite. La mort et l’impuissance que l’on ressent face à elle.

La mort, c’est David, 54 ans, qui y est confronté le plus directement dans le livre puisqu’il apprend en effet dés les premières pages qu’il est atteint d’un cancer. D’un cancer du larynx supra glottique. De type T3 N26 M0. Si le docteur pense dans un premier temps pouvoir le guérir avec une chimiothérapie, quelques mois plus tard, une rechute rapide et des métastases généralisées le confrontent à l’évidence : David n’en a plus que pour quelques mois. Alors que son aînée vient tout juste d’accoucher d’une petite Louise. Et que sa petite dernière, Tamar, n’a que 9 ans…

La réussite du récit est bien sûr un ensemble. Mais elle tient peut-être surtout à 2 choix très convaincants de son auteure. Le premier, scénaristique, qui voit Vanistendael centrer tour à tour le roman sur les 4 personnages principaux pour mieux montrer les différentes réactions possibles face à l’inéluctable : une sorte d’acceptation, voire de résignation chez David ; le mutisme pour sa fille Miriam, qui ne voit pas trop comment parler de ce qui leur arrive ; la révolte et même la colère pour sa femme qui ne supporte pas que l’on reste silencieux dans cette situation et l’innocence, la naïveté pour la petite Tamar, qui a bien sûr du mal à réaliser ce que tout cela signifie vraiment. Des focalisations narratives plurielles qui permettent à l’auteure de faire ressentir la dureté de l’épreuve (à la disparition annoncée s’ajoute les souffrances liées à la chimiothérapie : le corps qui s’amaigrit, les cheveux qui tombent, les nausées…) et de montrer cette maladie terrible et éprouvante sans faux-semblants tout en ponctuant le récit de moments plus légers, même drôles ,voire poétiques grâce à la présence des enfants et à leur façon imprévisible de réagir, comme quand Max, le meilleur copain de Tamar, lui propose de momifier le corps de son père pour le conserver et de recueillir son âme dans une fiole lorsqu’il sera mort….

Et c’est certainement pour cela que le récit touche et bouleverse : parce que les émotions qu’il dépeint sont vraies, naturelles, extrêmes parfois mais toujours très justes, très humaines. Des émotions que le choix  graphique –un trait direct et spontané, sans fioritures, et des aquarelles aux couleurs souvent très prononcées- de Vanistendael véhicule avec beaucoup de force et d’intensité. De la très belle ouvrage.

 

(Récit complet – Le lombard)