Un mystérieux homme voyage en train. Arrivé à destination, une petite ville du sud de la France, il prend ses quartiers dans un hôtel simple. Puis passe ses jours à déambuler dans la cité. Il prend des notes sur l’organisation, particulière car très géométrique, des rues, scrute les façades, longe le canal ou s’arrête dans un parc. Ses motivations ne sont pas vraiment explicitées. Tout juste apprendra-t-on qu’il est là pour enquête pour le compte de l’Agence A…

Drôle de livre que cet « Aller-retour » ! Formellement, c’est du très grand art : 3 premières pages en couleurs, toute la suite en noir et blanc puis retour à la couleur pour les 3 dernières pages ; dessin au trait fin très élégant et expressif en même temps. Pourtant, autant le dire tout de suite, le récit ne parlera pas à tout le monde. Car « l’action » consiste quasiment uniquement en ces errances à travers les rues à la recherche de sons (comme celui d’un clocher), d’odeurs ou de visions qui rappelleraient à l’homme ce qu’il a connu dans son enfance. Cet aller-retour géographique est en effet aussi et surtout une tentative d’aller-retour dans le temps, le protagoniste revenant dans son village natal car il semble avoir besoin d’y retrouver ce temps (probablement plus simple, plus innocent) d’avant. Une sorte de parenthèse nostalgique qui doit lui permettre de refermer ce chapitre de sa vie une bonne fois pour toutes (en se rendant compte par exemple que si le village est resté fondamentalement le même, il a aussi changé, évolué, tout comme lui ou en faisant le point sur la mort et la disparition des êtres chers) pour pouvoir poursuivre celui qu’il vient d’ouvrir (on apprend à la fin que notre homme a une femme et un petit enfant) avec plus de sérénité.

Une thématique riche (rapport au temps, différences de perception des choses, des évènements ou des lieux suivant l’âge que l’on a, travail de deuil…) pour une narration singulière, vous l’avez compris, car on reste au rythme, forcément tranquille et contemplatif (comme chez Taniguchi), de notre glaneur tout au long de l’histoire. D’autant que comme le protagoniste parle très peu, ce sont des récitatifs qui nous tiennent au courant de ses pensées et de l’évolution de son introspection. Typiquement le genre de récit qui peut charmer comme laisser complètement de marbre.

 

(Récit complet –Delcourt)