Depuis 2 mois que l’entreprise Silex a ouvert ce vaste chantier de démolition en plein cœur du quartier, l’hôtel bar « Au fils d’Etienne », situé juste à côté, a vu la grande majorité de ses clients déserter le coin. La petite Jacquot continue cependant d’y donner un coup de main à son père, le tenancier, bien malade. C’est alors qu’un homme débarque avec un étui de violon pour y réserver une chambre. Mieux que cela, il commande une bouteille de Champagne et est même prêt à donner chaque jour une belle somme d’argent à Jacquot pour qu’elle préserve sa tranquillité dans ses murs. Mais malgré ses précautions, les hommes de la Silex retrouvent sa trace et viennent lui rendre visite un soir alors que l’hôtel est quasiment désert…

C’est probablement dur à imaginer avec ce résumé succinct mais « L’île au trésor » est bel et bien une adaptation du célèbre roman de Robert Louis Stevenson ! Mais assez décoiffante car Venayre a décidé de transposer l’action de nos jours dans une grande ville et de remplacer son héros, le petit garçon blanc, par une petite black. Du coup, pour une fois, il vaut mieux connaître le texte original pour complètement apprécier l’œuvre de Stassen et Venayre. Beaucoup de l’intérêt de ce récit consiste en effet à le comparer à son prédécesseur, à s‘amuser à faire de constants allers et retours entre les 2 et à chercher les passerelles, les parallèles que Venayre a construit entre eux. Car malgré les apparences, son adaptation est fidèle à Stevenson en de nombreux points : le scénariste a ainsi gardé le nombre exact de personnages, leur nom, qu’il a traduit (Long John Silver devenant Petit Jean Dargent) et leur âge (le héros est toujours un enfant) ; le rythme du roman est aussi respecté avec ces 6 chapitres assez courts qui reprennent les développements narratifs de Stevenson ; le nombre de morts, et le moment où ceux-ci surviennent, est également identique et même la réflexion sur le bien et le mal ou le sens des actes est là…

Une vraie curiosité, pleine de saveur. Qui n’aura cependant pas le même sel pour ceux qui n’ont jamais lu l’œuvre de Stevenson ! A ces lecteurs-là, « L’île au trésor » paraîtra certainement plus simple, plaisant certes mais pas forcément mémorable. Ils apprécieront tout de même le superbe travail graphique de Stassen (son trait épais, sa technique irréprochable, ses couleurs vives) pour son retour (enfin ! )à la bande dessinée après 8 ans d’absence !

 

(Récit complet – Futuropolis)