Avec ce nouvel album, les anglais de Charlottefield viennent à nouveau de nous replonger dans le passé, et ce, pour notre plus grand plaisir. En à peine plus de 30 minutes, le groupe nous renvoie dans les années Hoover… pas celles du président américain, mais celle d’un certain son Dischord… Hoover, groupe sous-estimé des années 90 et pourtant culte pour quelques vieux briscards dont, sans aucun doute, ceux de Charlottefield. Rarement un disque aura réussi à recréer tant de tension et de rage contenue que celui de Hoover (« The lurid traversal of route 7 »). Hors, avec ce « What are friends for », Charlottefield s’en rapproche dignement. Les rythmiques abracadabrantes (parfois peut-être un peu trop complexes), à mi-chemin entre univers jazz et frappe sèche typiquement rock place de suite la musique de ces anglais dans un groove froid mais imparable. La basse culmine bien entendu en avant, avec ce jeu très rond, en opposition avec les tensions des guitares. Sublimes guitares qui travaillent les ambiances malsaines autant que la fureur. C’est aussi le rôle du chant qui alterne avec désinvolture mélodies désabusées, et hurlements plaintifs… Là encore, l’école Hoover se doit d’être citée (les connaisseurs risquent d’en être déstabilisés sur certains titres), même si les cris du chanteur anglais me touchent moins que ceux des américains précités. Question de timbre de voix. Ses mélodies sont par contre à tomber. Les ambiances étrangement dérangeantes que le groupe crée dans ses morceaux calmes sont bluffantes. C’est un plaisir de voir ces anglais pousser leurs complaintes aux bords de la cassure. Le groupe, qui pouvait flirter avec le post-rock quelques minutes avant devient alors violent, quasiment noise. C’est d’ailleurs sur un morceau très noise (beatings) que le groupe a décidé d’ouvrir son album, même si ce n’est pas là que le chant s’en sort le mieux (contrairement à la musique qui excelle). Un bel exemple de provocation, qui refroidira tous les pisse-froids qui croyaient que Charlottefield sentait bon le jazz ! Totalement anachronique, mais terriblement touchant. La véritable approche d’un post-hardcore dit émotionnel, non ?

(Album – fat cat)