C’est la grande nouvelle éditoriale en bande dessinée de ces derniers mois : l’arrivée de Philippe Squarzoni chez Delcourt ! Non seulement l’éditeur sort « Saison brune », le nouveau pamphlet du lyonnais sur notre avenir climatique (on en reparle très vite dans ces colonnes !) mais Delcourt va également ressortir l’ensemble des œuvres de Squarzoni auparavant parues chez Les Requins Marteaux. Avec la réédition en Mai des essentiels « Garduno en temps de paix », « Zapata en temps de guerre » et « Torture blanche ». Et un peu plus tôt, fin Mars, de « Dol » qui nous intéresse ici.

Débuté en 2002, en réaction au tremblement de terre du 21 avril et sorti en 2006, le livre garde pourtant tout son intérêt, surtout à quelques semaines des élections présidentielles !

L’auteur y revient sur le virage ultralibéral pris par la France au milieu des années 80 (et par beaucoup de pays occidentaux sous l’impulsion du couple Reagan/Thatcher) et l’accélération du processus sous le gouvernement Raffarin. Dans son style narratif personnel (il se met en scène pour exposer sa réflexion et montrer l’évolution de son enquête), il fait intervenir spécialistes économiques et politiques (du Monde Diplomatique, de la fondation Copernic ou d’Attac) pour analyser ce qui se cache vraiment derrière ces nombreuses attaques en règle contre l’état social (allongement du temps de travail, diminution des pensions, privatisations, déremboursement des dépenses de santé, baisse des cotisations patronales, diminution de la durée et baisse de l’assurance chômage…) : la volonté du capital financier de continuer d’accroitre ses profits aux dépens des salariés et des états.

Chiffres et pourcentages précis à l’appui, Squarzoni démonte avec une rigueur journalistique inattaquable les mécanismes de l’ultralibéralisme qui commence toujours par d’abord pointer du doigt les supposées faiblesses d’un secteur pour donner l’impression à l’opinion public que la réforme est inévitable avant de passer à l’acte. C’est ainsi que Raffarin puis Sarkozy et leurs gouvernements ont manœuvré pour s’attaquer à notre système de retraite par répartition, à l’assurance maladie ou à l’assurance chômage. L’auteur ne manque bien sûr pas de mettre en exergue les conséquences dramatiques de cette politique qui a vu l’état français revenir sur des progrès sociaux durement acquis depuis la fin de la seconde guerre mondiale par syndicats et ouvriers et dans le même temps les grands groupes prospérer et les actionnaires s’engraisser sur le dos des salariés ! Et pour boucler la boucle, il fait apparaître les liens entre cette politique économique totalement cynique et les dérives répressives et sécuritaires qui l’ont accompagnée. Histoire de montrer que tout se tient dans cette idéologie conservatrice réactionnaire.

La démonstration est imparable. D’autant que Philippe Squarzoni ne se contente pas de brosser un portrait à charge du capitalisme financier. Pour chaque thématique abordée (le système des retraites, l’assurance chômage…), il démonte aussi méthodiquement les arguments avancés par l’UMP et les défenseurs d’une économie de marché « libérée » en rappelant que des solutions alternatives existent et que des spécialistes ont démontré leur sérieux et leur faisabilité. Un travail pas forcément toujours facile d’accès (il s’agit tout de même d’un livre d’intervention politique fourmillant de dates et de chiffres) et parfois austère (les cases représentent souvent les visages des intervenants et des différents spécialistes) mais particulièrement pertinent et édifiant et, espérons-le, salutaire ! Lecture indispensable !

 

(Récit complet – Delcourt)