1985. Milan est arrêté dans la rue pour avoir participé à un braquage. Puis est condamné à 20 ans lors de son procès quelques mois plus tard. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers. Car s’il est prêt à accepter sa peine et la privation de liberté qui va avec, la promiscuité forcée dans les douches ou les cellules (où l’on entasse les détenus faute de places disponibles), la rareté des entrevues avec sa compagne, les fouilles au corps dégradantes, l’absence de parloirs sexuels ou les humiliations des gardiens s’avèrent plus difficilement supportables. Malheureusement, l’administration pénitentiaire fait la sourde oreille face aux demandes de plus de dignité des prisonniers. Milan et ses camarades n’ont alors d’autre solution que la bagarre ou la révolte pour se faire entendre. Mais le directeur du centre répondra une nouvelle fois par la violence et un séjour en quartier disciplinaire…

Sous-titré « un récit pour témoigner de l’indignité d’un système », « 20 ans ferme » ne laisse pas la place au doute quant à son objectif : récit coup de poing inspiré de la vie réelle d’un détenu (celle de Milko, fondateur et président de l’association Ban public), il entend clairement faire prendre conscience au plus grand nombre de l’inhumanité inique du système carcéral français. Fidèlement, Ricard et Nicoby suivent donc Milan dans son quotidien de détenu (au travers d’un sempiternel gaufrier de 9 cases, pour nous faire ressentir l’enfermement et la monotonie) pour mieux pointer du doigt les conditions de vie (indignes d’un pays se targuant d’être celui des droits de l’Homme !) qui y règnent, le déni des droits (notamment d’expression ou d’accès à des soins médicaux) fondamentaux des détenus ou le non-respect de la législation du travail (quand Milan demande pourquoi la paie n’est pas la même tous les mois, il est exclu de l’atelier…).

Violente et sans concessions, la démonstration est imparable. Censé faire en sorte de préparer les détenus à se réinsérer dans la société à leur sortie de prison, l’état les place en fait dans des conditions de frustration et de désocialisation telles qu’il les pousse presque à la récidive ! Un témoignage fort (la bd a ici l’avantage de pouvoir montrer des scènes auxquelles on n’a habituellement pas accès !) et dérangeant qui ne peut laisser indifférent et aidera peut-être à en finir avec cette « honte nationale » (d’après les mots de Robert Badinter lui-même) à l’heure où le nombre de détenus n’a jamais été aussi élevé en France !

 

(Récit complet – Futuropolis)