Ce livre a habité Kichka pendant 10 ans ! Et même plus que ça : il l’a véritablement hanté. Il y avait tant de choses qui lui encombraient l’esprit et pesaient sur son âme qu’il lui fallait s’en délester pour pouvoir continuer à vivre, plus léger. D’ailleurs, quand il s’exila chez des amis en Belgique pour commencer à travailler dessus, c’est comme s’il avait débuté une psychothérapie : il ne s’était en effet jamais senti aussi bien. Alors il continua « Deuxième génération », délaissant pour un temps son travail de caricaturiste politique pour la télévision et les journaux israéliens.

Un récit dans lequel il raconte et analyse comment il s’est construit, enfant puis adulte, à l’ombre morbide de la Shoah. Car son père qui était revenu d’Auschwitz à la fin de la seconde guerre mondiale (sans les autres membres de sa famille…), et qu’il fallait du coup préserver, ne parlait jamais de ce qu’il avait vécu. Ce numéro tatoué sur son bras ? Son devoir d’être premier de la classe pour que son père prenne sa revanche sur Hitler ? La marche de la mort qui lui avait donné de la diarrhée à force de manger de la neige ? Son brûlant à l’estomac ? Ses pieds aux orteils tout tordus qu’il fallait soigner quand il revenait d’une longue journée à Bruxelles ? Le petit Michel Kichka devait parcourir les livres d’histoire et utiliser son imagination pour percer ces mystères, quitte parfois à s’inventer des scénarios effrayants et paranoïaques…

Le livre, qui revient sur l’histoire familiale pour retrouver ses racines (notamment juives), est aussi une façon pour l’auteur de tenter de comprendre ce père étrange, différent des autres, qui avait le droit de roter à table parce qu’il était allé dans les camps ou passait son temps à faire entrer sa souffrance en compétition avec celle des autres. Bien sûr, « Deuxième génération », de par les thèmes qu’il aborde (l’auteur raconte notamment comment il a vécu le suicide de son frère), est souvent dur et poignant mais Kichka, grâce à son dessin potache et aux nombreuses notes d’humour, a réussi à trouver un juste équilibre pour que cette confession à un père ne verse pas dans le tire-larmes. Une réussite !

(Récit complet – Dargaud)