Il y a plusieurs façons de démarrer un livre. Celui-ci a commencé alors que Philippe Squarzoni travaillait sur la fin de « Dol ». Pour que son bilan des politiques ultralibérales des gouvernements Chirac soit complet, il voulait aborder ce que Raffarin et De Villepin avaient décidé en matière d’écologie. Mais plus l’auteur se documentait sur le sujet et plus il s‘avérait qu’il y avait beaucoup de choses à en dire. Trop en tout cas pour que cela puisse rentrer dans « Dol » ! Il s’est donc attelé à l’écriture de « Saison Brune ».

Le livre lui a demandé 6 ans, entre travail de documentation, recherche de financement (et son arrivée chez Delcourt) et mise en images. Une période longue, de travail intense, car comme le lyonnais d’adoption l’avoue lui-même : s’il avait une conscience écologique, il n’était pas du tout spécialiste de la question ! Alors il lui a fallu se plonger dans la littérature scientifique et éplucher les différents rapports émanant du G.I.E.C.(Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evaluation du Climat, crée en 1988 à l’initiative de l’ONU) ou du conseil scientifique d’ATTAC et ce qu’il y a trouvé l’a tout simplement abasourdi ! Les conclusions des différents climatologues et autres scientifiques sont à la fois unanimes et sans appel : le réchauffement climatique est un fait avéré et il a bien été provoqué par l’action de l’Homme. Depuis la révolution industrielle, la production de gaz carbonique (le désormais tristement célèbre CO2, responsable de l’effet de serre) a été multipliée par 17 (en grande partie à cause de la production d’énergie -basée à 87 % sur les énergies fossiles- multipliée par 16 dans le même temps, qui est la première source de CO2 au niveau mondial), ce qui signifie déjà une hausse de température de 2 ou 3 degrés d’ici 2100, et ce si les nations réunies au sein du G8 parviennent à un accord rapide (en fait il faudrait diviser par 3 nos émissions de gaz carbonique d’ici 2050 alors que pour l’instant le G8 ne discute que d’une division par 2…). Sinon, la hausse pourrait atteindre 5 ou 6 degrés. Les conséquences seraient alors catastrophiques ! Car si l’on dépasse un certain seuil, la capacité naturelle de la planète à absorber le CO2 des activités humaines régresserait : la photosynthèse ne fonctionnerait plus aussi bien, de même que la captation du carbone par les océans. A terme, océans et biosphère pourraient même commencer à émettre plus de CO2 qu’ils n’en absorbent. Ce qui augmenterait encore les températures. Un cercle vicieux irréversible s’enclencherait alors…Et sécheresses, montée du niveau des océans (les estimations du G.I.E.C. vont de 30 cm à 2 mètres de hausse d’ici la fin du XXIème siècle et pour chaque centimètre de hausse, il pourrait y avoir un million de déplacés dans le monde…), modification des précipitations et disparition de la biodiversité accompagneraient alors la hausse des températures.

Dans ce style particulier qui fait sa singularité, Squarzoni propose une nouvelle fois un récit hybride mêlant enquête journalistique des plus rigoureuse (il fait intervenir différents climatologues et spécialistes pour leur faire expliquer ce qu’est réellement l’effet de serre, apporter la preuve -chiffres et graphiques à l’appui- du réchauffement climatique et de la responsabilité de l’Homme dans le phénomène), éléments autobiographiques (il se met une nouvelle fois en scène en tant que citoyen pour montrer, notamment, le peu d’impact de décisions individuelles sur l’ensemble du phénomène : à titre d’exemple, il faudrait ramener la production de CO2 à 500 kilos de carbone par an et par personne en France, sachant qu’avec un aller-retour Paris/New-York ce quota est déjà atteint) mais aussi essai quasi-philosophique.

Car dans une dernière partie très pessimiste quant à l’avenir, il démontre que dans la société individualiste et ultralibérale qui est la nôtre, qui ne voit que par la croissance et pousse les citoyens à consommer toujours plus (ce qui augmente de facto la consommation de CO2 puisque l’on considère qu’un produit manufacturé produit de 1 à 2 fois son poids en gaz carbonique), il va être très difficile de changer les mentalités. La seule solution serait une décision politique prise à haut niveau. Mais quand on sait que les lobbys de l’énergie ou d’une économie complètement dérégulée ont réussi à faire échouer les négociations de la conférence de Copenhague de 2009 ou à convaincre Sarkozy d’abandonner la taxe carbone, il est effectivement difficile d’être optimiste, malgré le cataclysme qui se prépare !

Un réquisitoire implacable de plus de 400 pages contre la nature humaine, aussi édifiant et nécessaire que ses précédentes œuvres, mais plus abouti encore, avec notamment un parallèle, emprunt de nostalgie, très inspiré, entre la vie de l’auteur et le devenir de notre planète. A ne pas manquer !

(Delcourt – Récit complet)