Ce n’est pas tous les jours que je me rends à un concert exclusivement folk. Mais il aurait été dommage de bouder l’ouverture du festival « Clap Your Hands » au Café de la Danse, sous couvert de goûts trop catégoriques.
Déjà parce que Le Café de la Danse est une belle salle, et que ça faisait bien longtemps que je n’y avais pas mis les pieds (sans doute depuis qu’ils ne font plus vraiment de rock là-bas) ; ensuite parce que les gentils organisateurs du festival offraient un buffet en accès libre (et bière jusqu’à 20h30) pour les fanzineux, journalistes et autres pic-assiettes (ah les privilèges ont encore de beaux jours devant eux…). Mais surtout parce qu’en guise de folk, nous allions surtout voir le petit gars qui se retrouvait étrangement en position d’ouvreur, monsieur Matt Elliott.

Et si le très beau dernier album de l’anglais flirte plus que largement avec Leonard Cohen, ce sont bien des réminiscences de Flying Saucer Attack (son groupe de l’époque) qui vont refaire surface en live.
L’homme est attendu. Il joue régulièrement dans les parages et le public n’hésite pas à lui faire une ovation avant même qu’il commence. Les connaisseurs ont raison, car, seul sur scène, entouré de ses pédales, Matt Elliott va mettre tout le monde d’accord. Ceux qui sont venus pour cette voix grave, cette mélancolie, cette profondeur, autant que ceux qui voulaient retrouver ce malaxeur de boucles, cette émotivité sans concession, ce bâtisseur de nappes bruyantes. L’anglais tire les titres de son dernier album, autant que de ceux d’avant. Les humeurs varient, se mélangent, nous chahutent avant de nous rassurer. C’est un sans faute. Vrai et sincère, comme sur disque. Un fan lui demande sa chanson sur Sarko (« La mort de la France »). Matt décline l’invitation avec un « celui-là, j’espère que c’est bientôt finit » ou un truc dans le genre (faut-il rappeler que nous sommes quelques jours avant les élections). Par contre, nous avons le droit à une reprise de I Put A Spell On You de Screamin’Jay Hawkins, malaxée à la mode de Bristol. Encore quelques titres, et c’en est finit. Trop court sans doute. Moi, je me dis que la folk n’aura jamais été aussi turbulente. Et je ne peux que l’en remercier.

Mariee Sioux enchaîne difficilement après tant d’émotion. La pauvre semble bien fade avec son approche particulièrement lisse. Ces interventions ne jouent pas en sa faveur non plus. Nous avons encore la prestation de Matt Elliott à l’esprit (nous étions là pour lui faut-il le rappeler). L’américaine à beau faire de jolies chansons, plus pop que ce à quoi je m’attendais, j’ai dû mal à m’y retrouver. Autant la laisser avec ses fans. Je préfère m’en aller.