Les Disques de Plomb ont le chic pour nous dénicher des groupes surprenants, et pour nous sortir de bien beaux objets. C’est encore une fois le cas avec ce premier album du duo L’Etrangleuse.
L’Etrangleuse, c’est un peu cette fille typée Alice aux pays des merveilles, autant que cette souris géante prête à bouffer la bagnole. C’est une harpe et une guitare. Elle et lui. Lui, c’est aussi un peu de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp. L’Etrangleuse, c’est un peu tout ça, mais ça se passerait surtout sur le continent africain. Ou aux Pays-Bas. Ou entre les deux.
Si l’histoire peut faire peur sur papier, il en est bien autrement à l’écoute. On navigue dans des ambiances posées, agréables, entre belles ballades post-rock, musique classique, folk, dérives déviantes, variation post-punk et grosse empreinte africaine. Le tout évitant judicieusement le fade, sans doute grâce à de solides bases rock. La musique du duo a beau séduire en prenant son temps, la richesse du propos, l’étrangeté palpable, et les mélodies enivrantes placent ce disque bien au-dessus d’un grand nombre de productions affiliées aux mêmes styles.
Car, si on retrouve la beauté de la musique de chambre ou du post-rock, on retient aussi leur regard tourné vers les Pays Bas de Klekta Red (dont ils reprennent ici « Kasyak Lubvie ») et de The Ex (qui leur ont sans doute donné l’envie d’aller puiser leurs mélodies du côté de l’Afrique). C’est d’ailleurs bien GW Sok, feu-chanteur de The Ex, que nous retrouvons sur les deux premiers titres de la face B. La guitare se met alors à fricoter ouvertement avec le groupe punk hollandais pour quelques moments d’excitation.
Mais l’exercice possède ses limites bien sûr. L’étrangleuse ne batifole jamais trop loin.  Sa musique s’écoute au casque, malgré ses quelques montées en tension. Elle vous raconte une histoire au creux de l’oreille, loin des agitations de la foule. Elle parle à l’intime. Le duo sait pourtant faire dans la pop, la vraie, celle qui se retient sans bassesse sirupeuse. Il le prouve avec « Corner of the Eyes » et son rythme entrainant. Mais ce sera le seul moment ou le groupe nous tirera dans cette direction. On l’aura compris, le propos n’est pas celui-là.
Peu importe l’histoire de ces deux là, pas si limpide qu’il n’y parait, nous convient telle qu’elle est. Et si c’est seul, à la maison, que nous devons l’écouter, c’est seul à la maison que nous l’écouterons.

(LP – Les Disques de Plomb)