Certains rêvent de voyager dans l’espace. Deirdre, quant à elle, rêve d’aller sur Terre. Née sur la station spatiale Tore, elle a si souvent entendu parler du berceau de la civilisation humaine qu’elle s’est mise à économiser dés qu’elle a commencé à travailler pour pouvoir un jour exaucer son rêve : voir cette planète mythique. Et aussi, bien entendu, enfin rencontrer Karl, son correspondant Terrien à qui elle écrit depuis l’école ! Mais dés son arrivée sur la planète bleue, le rêve se transforme en cauchemar pour Deirdre : elle découvre une société liberticide où tout, même le moindre formulaire à remplir, se paye, elle doit faire un travail inintéressant payé 25% de moins que les autres salariés car elle n’est pas Terrienne et apprend que Karl est à l’hôpital, malade du cancer…

Difficile de nier que « Pourquoi j’ai voulu détruire le monde » est un récit étonnant, avec ce traitement graphique informatique particulier (la bio parle de style rétro futuriste : pourquoi pas) qui rappelle le « Bodyworld » de Shaw et sa trouvaille scénaristique vraiment bien vue consistant à faire revenir un colon du futur sur Terre. Une inversion des codes de la science-fiction assez inattendue qui permet à Bicargo, à travers le regard que Deirdre porte sur elle, de tirer à boulets rouges sur notre planète. Urbanisme incontrôlable, pollution extrême, ségrégation, société ultra-contrôlée et mode de vie complètement balisé : c’est un portrait très sombre que l’auteur fait de la civilisation humaine.

Des qualités évidentes donc pour cette œuvre pas vraiment conventionnelle mais aussi quelques défauts qui l’empêchent d’être totalement convaincante, comme cette narration en voix off pas toujours très inspirée et surtout un second degré délibéré (pour éviter que le récit ne tombe dans le pathos ?) qui entrave l’identification du lecteur et l’empêche d’être touché par cette histoire. Dommage.

 

(Récit complet – Ankama)