Quel plaisir improbable de retrouver ce duo nantais ! Après leur deuxième album (« Trans Panda »), les choses semblaient pourtant bien compromises… Pierre-Antoine Parois s’en était allé consacrer son temps à Papier Tigre, tandis que Mric Chaslerie traversait des problèmes personnels. Le groupe avait alors été mis en stand by. Pourtant, après une pause de quatre ans, le duo revient en grande forme, et s’est donné les moyens en enregistrant à San francisco, avec Jay Pellicci de 31Knots. Résultat : un son ample, vivant, et tout simplement énorme ! Un vrai son de la mort qui renvoie aux oubliettes le travail du même Jay sur le dernier Deerhoof. Ne restait qu’à assurer de bonnes compos.
Et de ce côté là Room 204 n’est pas en reste. En moins de 15 minutes (c’est court, je sais), les deux nantais délivrent un (mini) album brut, intense, et foncièrement déviant. Déjà à l’époque, leur approche plus fougueuse que les autres binômes de math-rockeux pompeux, sans doute moins technique aussi, les faisait sortir du lot. Plus sympa, plus joyeux, plus punk… Room 204 gardait une place à part. Et, même si Mric a échangé sa guitare contre une guitare bariton, apportant encore plus d’ampleur et de lourdeur au son, on retrouve toujours cette approche brute, cet aspect spontané, sans chichi. Les morceaux n’en sont pas pour autant faciles. La déconstruction reste de rigueur. A peine le temps d’apprécier un plan, qu’on passe au suivant. Impossible de se laisser aller à bouger le corps sans que le cerveau reviennent prendre le dessus. Mais pas de papier millimétré ici. Les cours de math appartiennent au passé. La musique de Room 204, aussi complexe et déviante est-elle, se veut viscérale, ressentie. Attaque noise en règle. Ni trop free, ni trop chiante. Ce « Balloon », comme chez les potes de Passe-Montagne, fonce droit devant, troquant les effets de manches minables contre une énergie démoniaque… Et ça nous convient parfaitement. Non de dieu, quel plaisir de voir revenir ces deux là !

(Album – kythibong)