La vie de Calay (et de beaucoup de ses compatriotes) est comme les chevaux du vent, ces drapeaux multicolores que l’on trouve autour des stupas des régions himalayennes, malmenés par les intempéries, battus par les vents, condamnés à s’élimer sous l’action du temps…Subissant la rigueur du climat himalayen et la simplicité d’une vie de fermiers au beau milieu du XIXème siècle, lui et sa femme se sont d’abord résignés à laisser Kazi, leur dernier garçon, sourd et muet, partir dans le monastère de Garphu, à plusieurs semaines de marche, pour le protéger de la méchanceté de ses camarades, avant de voir leur cadet, Resham, également abandonner la maison familiale quelques années plus tard pour mettre un terme au conflit qui l’opposait à son frère autour de leur femme (dans cette partie de l’Inde, la tradition veut qu’une femme épouse les frères en même temps que son mari…). Quand, taraudé par le remord, il se décide à revoir son jeune fils, Calay n’a d’autre solution que de travailler, à contre cœur, pour l’envahisseur britannique et espionner pour leur compte dans le royaume du Népal, mettant bien sûr par la même sa vie en danger…

Il a fallu patienter un peu (presque 4 ans) pour pouvoir lire la fin de ce diptyque dans lequel Lax mêle tragédie et aventure. Sur fond de colonisation, le scénariste nous fait suivre l’épopée dramatique de cette famille prise dans les tourments de l’Histoire et victimes de la jalousie, de la méchanceté et de l’avidité des hommes. La narration en voix off manque parfois de naturel et le dessin de Fournier n’est pas très adapté aux scènes d’action (il s’en tire bien mieux avec les paysages) mais ces personnages que Lax sait rendre attachants, l’authenticité de la description de la vie, des traditions (l’importance, notamment, de la famille) ainsi que des croyances des habitants de cette région et le souffle de cette saga familiale font de « Les chevaux du vent » un bon récit.

 

(Diptyque – Aire Libre)