Deux ans après un puissant et trippant ‘The Temple’ sorti chez Important Records, les suédois reviennent avec un nouveau label et un cinquième membre de prestige aux lead vocals. Le lion de Daniel Higgs, chanteur charismatique de Lungfish, en pleine forme ici, a posé sa guimbarde pour apporter tout son savoir-faire poético-mystique à la science des loops qui labourent le cortex du quatuor de Stockholm. Et force est de reconnaître que l’alchimie fonctionne. Et si l’ont peut parler aussi de magie, alors il doit s’agir de magie noire. Dans un registre différent de celui qu’on lui connaissait, le gourou à la crinière et au regard de feu libère des messages venus d’un autre monde. Cette voix est portée par un noise rock expérimental d’obédience minimaliste qui soit vous lasse et vous épuise au bout de quelques minutes, soit il vous hâpe et vous invite dans une transe hallucinante. Sur le mode répétitif, à deux ou trois idées étirées à l’infini par titre, ‘Peer Amid propose autre chose que des chansons. Il s’agit plus ici d’incantations électriques, de mantras mélodiques. Musicalement, si les guitares se font moins tranchantes et lourdes que sur l’album précédent, elles sont toujours accordées bizarrement et délivrent donc des sonorités étonnantes. Elles sont souvent gonflées d’effets et étayées de bidouillages électroniques. Si la batterie sonne assez rock sur ‘No More Always’ et ‘Fragment Nimbus’, elle s’inscrit souvent, avec les multiples percussions, dans un registre world aux accents tribaux. L’originalité de THE SKULL DEFEKTS réside dans sa capacité à explorer autant les sonotités primitives que modernes. Elle fait se rencontrer un tas d’influences (musiques orientales, amérindiennes, rock, electro-noise…) pour proposer un univers très singulier. L’étrange (et bluesy?) ‘Gospel of the Skull’ se frotte à l’instrumental pharaonique ‘In Majestic Drag’. ‘What Knives, What Birds’, dans un esprit free-rock très inspiré, lâche un grain supplémentaire de folie. Enregistré au Dustward Studios dans la capitale suédoise, cet album bénéficie d’un bien meilleur son que sur ‘The Temple’. Les huit titres résonnent en effet d’une ampleur obsédante et captivante. Adeptes des compositions circulaires et venimeuses, ce disque est pour vous! Méfiez-vous du magnifique serpent qui illustre la pochette… A lui tout seul, il résume très bien ce qui vous attend sur cet excellent disque !

(Album – Thrill Jockey)