Pour sauver Seamus d’une mort certaine, la fée Sanctus a quitté son enveloppe corporelle sous la forme d’une intense lumière blanche qui s’est ensuite dispersée en une pluie d’étincelles. Seamus, à qui il a été confié la mission de la protéger, devra d’abord découvrir quel corps elle a désormais intégré en allant voir l’homme Saint de la chapelle renversée à Soknam, qui dit avoir vu une trace éblouissante passer dans le ciel cette nuit-là. Mais il devra faire vite car le Guinéa Lord s’est déjà mis en route pour la tuer. Car Sanctus est bel et bien devenue l’enjeu de cette bataille décisive entre Moriganes et Chevaliers du pardon, entre sorcellerie et ceux qui veulent l’éradiquer de l’île !

C’est bien à la lutte ancestrale entre le Bien et le Mal que ce deuxième cycle de « Complainte des landes perdues » nous convie. Préquel (il se passe effectivement avant) du premier cycle, il nous emmène sur des terres celtes pas encore complètement christianisées, où chapelles et foi sont encore fragilisées ici ou là par superstitions et mauvaises croyances. Alors, quand les Moriganes, sorcières au pouvoir immense, réapparaissent pour retrouver celle qui les a trahies (Sanctus est devenue fée après avoir vu la Lumière), c’est toute l’île qui se met à trembler…

Un genre que notre duo d’auteurs revisite avec brio. On pourrait mentionner la maîtrise du découpage, le style suranné si judicieux de la narration ou les prédictions et autres énigmes mystérieuses (des ingrédients incontournables de l’heroic fantasy) que les personnages doivent déchiffrer afin de mener à bien leur mission pour expliquer la réussite des « Chevaliers du pardon ». Mais de la part de Jean Dufaux, on n’en attendait pas moins. Non, ce qui confère tout son charme à cette série, c’est bien le dessin de Delaby, dont le réalisme virtuose (quelle précision, quelle expressivité dans les visages !) permet de nous faire véritablement rentrer de plein pied dans cette histoire. Et aussi la capacité de Dufaux à créer des personnages forts et marquants : que ce soit dans la sauvagerie ou la cruauté, avec, par exemple, le Guinéa Lord ou dans la bonté alliée à une certaine fragilité avec le jeune Seamus.

Bref, un troisième tome encore une fois très convaincant. Et dire qu’il faudra probablement de nouveau patienter 4 ans (c’est jusque là le délai d’attente entre 2 tomes) pour connaître la fin du cycle…

 

(Série, deuxième cycle en 4 tomes – Dargaud)