Ah les a-prioris… Qui aurait cru que Zidrou (scénariste de « L’élève Ducobu » ou « Tamara »…) signerait un jour un récit comme celui-là ? Pas moi, je dois l’avouer. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : « La peau de l’ours » est certainement la bd de l’été, aussi forte que convaincante.

L’auteur y raconte l’histoire d’Amedeo, jeune italien qui se rend chaque matin chez Don Palermo. Pour lui lire l’horoscope mais aussi pour entendre la suite de l’histoire de la folle jeunesse de ce dernier. Car le vieil homme, après avoir été montreur d’ours dans l’est américain, rentra par hasard au service du parrain local, Don Pomodoro, un chef mafieux aussi cruel que sanguinaire. A ses côtés, le jeune Teofilio connut la violence, la puissance, l’amour mais aussi le désir de vengeance, la lâcheté, la souffrance et la trahison…

Sincèrement, tous les ingrédients sont ici réunis pour faire de ce récit une belle réussite. Il y a bien sûr l’histoire incroyablement romanesque (mais pourtant très crédible) de Don Palermo qui connut en quelques mois ce que certains ne connaissent pas en une vie. Mais aussi et surtout la façon dont Zidrou la raconte. Car ce dernier prend ici un malin plaisir à jouer avec nos nerfs, en nous faisant patienter, tout comme Amedeo, jusqu’à sa prochaine visite chez le vieil homme, pour connaître la suite. Et il y a ces rebondissements chocs (comme lorsqu’on découvre que Don Palermo est aveugle ou quand il affirme un peu plus loin « Je suis mort le 13 décembre 1938″) qui jalonnent la narration pour constamment relancer l’intérêt du lecteur. Si l’on ajoute à cela des personnages marquants et attachants à la fois, des clins d’œil à la vie et au destin au travers des parallèles faits entre les protagonistes, un dessin singulier (signé Oriol), avec son côté anguleux, qui retient l’attention, et des répliques dignes des « Tontons flingueurs » (comme « T’arrêtes de respirer parce que quelqu’un a pété, toi ? » ou « un montreur d’ours sans ours, c’est comme un exhibitionniste sans bite »), on comprend pourquoi on ne peut résister longtemps au charme de « La peau de l’ours ». Une très belle surprise !

(Récit complet – Dargaud)