Ça commence presque comme du Zola. A Marcinelle (en Belgique), en 1956, dans la mine du bois du Cazier. On y suit, au travers d’un noir et blanc muet, les rituels d’une équipe de gueules noires : le passage dans la salle des pendus (en fait le vestiaire qui doit ce nom au système de poulies pour accrocher les vêtements propres en l’air), la descente dans les cages, le travail harassant dans les boyaux à 900 mètres de profondeur… jusqu’à l’accident, dramatique.

C’est dans ce contexte social minier (parfaitement rendu, fruit d’un travail de documentation solide) fort que la « caméra » de Sergio Salma vient ensuite se focaliser sur Pietro, quelques mois auparavant. Pietro Bellofiore. Car c‘est son histoire que Sergio Salma raconte. L’histoire d’un jeune italien qui vient de quitter sa Sicile natale pour signer un contrat de 5 ans avec le bois du Cazier et débarquer avec femme et enfant dans un coron de la société de charbonnage. Patiemment, l’auteur suit son « héros » dans son quotidien rude (les levers à 5 heures, les journées qui n’en finissent pas, les remarques désobligeantes du porion, le chef d’équipe) et monotone (chaque semaine est désespérément la même, avec, tous les dimanches, le repas avec son frère et d’autres natifs de son village) pour mieux faire émerger, avec tendresse et empathie (Salma est lui-même fils d’immigrés venus également s’installer dans les années 60), ses espoirs, doutes ou états d’âme. Entre choc du déracinement, volonté de commencer une nouvelle vie, poids des conventions et de la religion imposé par la communauté italienne ou confrontation au racisme (l’arrivée des « macaronis » n’était pas vraiment vue d’un bon œil par la population locale…).

Un bon récit (comme très souvent avec cette collection « Ecritures »), à la Baru, pétri d’humanité, qui sonne très juste. Et un joli hommage aux mineurs et aux immigrants. Vivement recommandé !

 

(Récit complet – Casterman)