Dav Guedin était animateur dans des colonies, l’été. En 1999, il décida de travailler pour un organisme spécialisé dans l’accueil d’adultes handicapés mentaux pendant 3 semaines, à Bray-Dunes. C’est cette expérience, forcément marquante, qu’il raconte dans « Colo » !

Dés les premiers portraits de « vacanciers » signés Craoman, si criants de vérité qu’ils en mettent mal à l’aise, on comprend que Dav Guedin ne fera l’impasse sur rien. Aidé des notes qu’il a couchées sur papier et des photos prises à l’époque, il nous met en effet, sans préavis, face à ce qu’il a vécu cet été là : l’anormalité, la folie, les tréfonds noirs de l’âme humaine, que l’on préfère habituellement ignorer…Et narre par le menu ce quotidien, beaucoup plus lourd à porter qu’il ne l’avait imaginé (il faut dire qu’il n’avait pas de réelle formation dans le domaine) : la toilette intime de personnes âgées incontinentes, la tendance à s’automutiler de certains malades, les soirées à thème pour essayer de donner une ambiance festive au séjour, sa façon surprenante (mais qui fonctionne !) de gérer certains individus violents, les tensions avec d’autres animateurs parfois aussi déséquilibrés que ceux dont ils sont censés s’occuper…

Un témoignage sans fard (l’épisode où l’auteur « pète les plombs » face à l’agressivité d’un handicapé est d’une sincérité mais aussi d’une violence incroyable), vous l’avez compris, parfois dur et dérangeant, qui n’aurait cependant pas le même impact sans le dessin sombre (dépourvu de couleurs) de Craoman. En effet, son trait torturé, héritier des Blanquet et autre Burns, n’a pas son pareil pour mettre en relief les angoisses, tensions et peurs présents dans ce récit à part, parfois inégal, mais vraiment à découvrir car en marge de la production habituelle, que ce soit dans le sujet traité ou la façon de l’aborder et de le mettre en images.

 

(Récit complet – Delcourt)