Vous n’aimez pas l’humour noir ? Inutile alors de continuer à lire cette chronique : « Le magasin des suicides » n’est pas pour vous ! Car dans le genre comédie macabre, ce récit se pose là…

Imaginez une boutique familiale spécialisée dans le suicide depuis 10 générations. Au rez-de-chaussée, maman s’occupe des commandes avec le commercial de chez « M’en fous la mort » (chanvre pour tisser les cordes à pendre, cyanure, arsenic…) pendant que papa dirige les clients vers le suicide le plus approprié pour eux : seppuku pour ceux qui veulent une fin originale et virile, kit Turing (on peint une pomme empoisonnée avant de la manger) pour ceux qui se sentent une âme d’artiste ou death kiss pour les romantiques. A l’étage, le cadet, anorexique, ne quitte pas sa chambre, occupé qu’il est à finir sa maquette de parc d’attractions de la mort, et la fille, qui se sent godiche et inutile, passe son temps à pleurnicher sur son sort. Bref tout irait pour le mieux pour la famille Tuvache s’il n’y avait leur petit dernier, Alan, à l’humeur toujours joyeuse et optimiste, qui met parfois le « Big Bisous » de Carlos à plein volume sans préavis…De quoi passer l’envie aux clients de se tuer et donc un grave danger pour les affaires !

Un récit au vitriol, grinçant à souhait, dont l’intérêt tient surtout à l’idée scénaristique géniale de Jean Teulé –un magasin des suicides !- dont le roman éponyme a été ici adapté. Ceci étant dit, Olivier Ka s’est emparé avec une vraie gourmandise du texte d’origine pour livrer quelques scènes particulièrement truculentes et des jeux avec la langue pas piqués des vers. Et Collardey livre une partition graphique à la hauteur : si le dessin en lui-même n’a rien d’extra-ordinaire, le travail sur les couleurs est quant à lui très inspiré. Etonnant, souvent hilarant si l’on aime le douzième degré : ce « Magasin des suicides » aurait pu être carrément mortel s’il n’y avait cette fin un tantinet convenue…

 

(Récit complet – Delcourt)