La Costa Brava, ses plages, ses touristes français, ses incendies et son festival de Sant Feliu.
Sant Feliu de Guixols (prononcez Guicholse pour être du cru) est le rendez-vous des aficionados de rock underground avec un penchant pour le punk-rock au sens large du terme.

Pour cette 13è édition, le festoche s’est déroulé du 16 au 19 août 2012 avec comme point d’orgue le samedi 18 sur la grande scène du festival fêtant les 50 ans de la Porta Ferrada de Sant Feliu de Guixols.Le jeudi soir c’est CHALK TALK qui ouvre le bal dans la toute nouvelle salle ATZVR qui contient à peine 150 places. C’est un ancien dépôt ferroviaire en briques, réhabilité, avec une bonne sono et une petite cour agréable malgré les effluves des containers à ordure de l’entrée. Deux toilettes de festival y sont posées ainsi qu’un canapé et des fauteuils sur une petite scène extérieure. Le tout à 500m de la plage et 10 minutes à pied du centre ville.

Jay Robbins en accoustique

Chalk Talk

Mais revenons à CHALK TALK, très bon jeune groupe américain qui oscille entre math-rock, punk mélo et pop-core. Le trio maîtrise très bien ce qu’il fait et a le sourire contagieux. On passe un très bon moment tout comme eux apparemment. Ensuite ce sont EVERYONE EVERYWHERE qui nous emmènent vers un post-hardcore plus sérieux mais bien ficelé et plus mélodique. Le groupe est lui aussi très jeune mais déjà très en place et avec un très bon son. A suivre… Nous étions une cinquantaine de personnes pour cette chouette soirée d’ouverture à 6 euros.

Le lendemain, on se retrouve au même endroit après une bonne journée de crique et de farniente. Mais cette fois tout se passe en plein air. EL ORKESTRA DEL CABALLO GANADOR joue gratos sur la petite scène extérieure pendant que ED TRASK (batteur de KEPONE) peint une grande toile derrière eux. Ce groupe est formé d’un chef d’orchestre interchangeable, d’une guitare, d’une basse, d’un violoncelle, d’une batterie et du publique qui participe réellement aux morceaux. Entre pop, garage, no wave, disco, punk, concrète et chorale, le groupe nous ballade. Ludique et sans prétention arty prout prout, leur concept improvisation et participation est excellent ! Le tableau se crée au fur et à mesure du concert mais un ciel bleu, des poteaux électriques et un décor de garrigue espagnole ne font pas tout…   Encore une cinquantaine de personnes pour la 1ère soirée impro où je me suis autant marré.

nous sommes seuls au monde avec l’impression qu’OFFICE OF FUTURE PLANS ne joue que pour nous

C’est samedi et la ville de Sant Feliu met donc à disposition de l’asso ATZVR une énorme scène où sont passés Manu Chao, Stewart Copeland et bien d’autres. Une grosse capacité d’accueil donc sur le port de plaisance, coincée sur un parking entre la mer et la falaise.
Ouverture des portes à 18h, à 18h30 toujours rien, on est bien en Espagne.
19h, les portes s’ouvrent enfin et la musique de PLEASE WAIT nous arrive directement au petit bar de l’école de voile où nous sommes en train d’attendre nos potes qui viennent d’un peu partout. Apparemment ça joue bien mais un peu décousu, le son est bon et on devine l’accent espagnol derrière des textes en anglais. On fini par rentrer et là surprise, ce sont des gamins qui jouent. Le guitariste chanteur doit avoir 16 ans, le bassiste 15 et le batteur 12 à tout casser. Pourtant les morceaux s’enchaînent bien et sont de bonne qualité. Il n’y a pas beaucoup de monde pour voir ça mais c’est très bon. Si ces trois là restent ensemble longtemps, on risque d’entendre beaucoup parler d’eux.

Please Wait

Ensuite c’est le tour de DARIA (photo d’ouverture) que je ne connais pas du tout. Le set des angevins me laissera assez froid. Ils n’ont pas de problème d’accent et ça enchaîne bien mais les chansons ne me parlent pas. Il manque un truc ou bien il y en a trop, ça manque d’aération, le son est bon mais l’attitude sur scène est statique et rend le tout très scolaire. En tous cas, si quelqu’un a bien aimé, c’est J.Robbins, qui a passé tout le concert à headbanger dans le public.
Puis c’est LA HABITACION ROJA qui prend la relève. C’est un groupe pop espagnol très FM qui chantent en anglais et en espagnol. On en profite pour retrouver tout le monde et boire une bonne boisson fraîche. Le menu des sandwichs (fromage/confiture et thon/salade) n’est pas terrible mais il faut bien manger. Ce sera la déception du festoche.

Enfin on attaque avec les groupes américains confirmés et on n’en perd pas une miette. Placés juste aux pieds de la scène alors que tout le monde se masse sur l’estrade à hauteur de la scène, nous sommes seuls au monde avec l’impression qu’OFFICE OF FUTURE PLANS ne joue que pour nous. Le son est très bon, ce qui n’était pas le cas en hauteur apparemment. Les morceaux de l’album éponyme sorti chez Dischord s’enchaînent et on ne voit pas le temps passé. Darren Zentek à la batterie est d’une fluidité magistrale, J.Robbins envoie ses riffs imparables et chante comme si de rien n’était. Il remercie tout le monde plusieurs fois et on sent la joie qu’ils éprouvent de partager leur musique içi. Tout le publique n’est pas encore arrivé et le jour commence à peine à baisser mais le niveau est déjà très élevé. Ils n’ont pas joué de morceaux des anciens groupes de J.Robbins et c’est très bien ainsi tellement les chansons sont excellentes et restent en tête.
S’ensuit une nouvelle reformation, KEPONE, dont je n’attends rien car je connais très mal ce qu’ils ont fait. Je mange pendant le début du set mais je me retrouve très vite devant à prendre une claque surprise. Ce trio unique noise à souhait nous fait passer par des moments très mélodiques à des cassures monstrueuses, avec des textes qui ne sentent pas du tout les vacances sur la Costa Brava mais qui parlent à tout le monde. Ils dégagent une énergie énorme et font monter et descendre l’intensité du concert à leur gré. Une véritable leçon de ROCK.
3è groupe américain à la suite, on poursuit avec les vétérans du punk mélo SEAWEED. La foule grossit à vue d’œil et le groupe enchaîne tubes sur tubes comme s’ils avaient toujours 20 ans. Leurs familles postées de chaque côté de la scène nous montrent que tout le monde est ravi d’être là. Un excellent concert d’un excellent groupe.
Les Suédois de RANDY arrivent devant un publique chauffé à blanc pour clôturer cette soirée. Enfin le festival semble un peu rempli de monde et les gens dansent et chantent en choeur avec le groupe qui essaie de faire aussi bien que leurs prédécesseurs malgré un guitariste bien éméché. Ils ont très bien fini cette belle journée même si pour les fans, ce n’était pas un de leurs meilleurs concerts. Au moins tout le monde s’est éclaté et ils ont même fini par faire monter les spectateurs sur la grande et haute scène.
On prend un dernier verre et on se dirige vers l’after à 200m du concert, dans l’ancien « Las Vegas », bien renommé « Pandora ». Hélas, certains d’entre nous n’auront pas trouver la boîte, mal indiquée et bien cachée. Par chance, on tombe sur les gars d’OFFICE OF FUTURE PLANS et on discute un peu avec eux, puis on va danser et faire quelques autres bonnes rencontres avant de rentrer nous coucher dans nos hôtels respectifs.
On retrouve nos potes le dimanche sur la plage du centre et on compare nos bronzages avant de remonter vers la salle ATZVR pour la fin du festival. On croise ANNABETH McNAMARA sur une petite estrade dans le centre. Une quinzaine de personnes sirotent en écoutant sa magnifique voix et ses compos ravissantes, parfait pour un dimanche après-midi ensoleillé.

Jay Robbins (Office of Future Plans)

Une heure plus tard, tout le monde se retrouve à ATZVR mais on sent d’avance que la soirée sera plus intime. Une grande partie du publique est française et ça s’entend. A notre arrivée, on apprend que KEPONE s’est rajouté à l’affiche et que donc nous aurons droit à un concert en club gratos de leur part. THE WATERPARTIES a annulé et c’est BEACH BEACH qui entame la soirée. Ils font une pop entraînante mais je n’ai pas l’oreille attentive à ce qu’ils jouent car on discute beaucoup dehors en mangeant des crêpes sucrées salées avec les potes. MOKSHA enchaîne derrière et envoie un gros sludge hardcore écrasant en ce dimanche soir. Les espagnols envoient grave et font monter la chaleur et l’applaudimètre d’un cran. Les oreilles bien décrassées, nous voilà prêts à écouter J.ROBBINS jouer des morceaux de JAWBOX, BURNING AIRLINES, CHANNELS et OFFICE OF FUTURE PLANS. Le groupe est au complet mais c’est la base guitare / violoncelle qui mène la danse. On retrouve un J.ROBBINS aux anges, remerciant tout le monde plusieurs fois encore, jouant acoustique des morceaux piochés dans sa discographie personnelle et même une reprise de DARIA, qu’il a vraiment adoré la veille. Il reprendra « English Cloud » en hommage à son ami Ian Burgess du studio Karma d’Angers, hélas décédé l’année dernière. Tout le monde est scotché, voir rincé (comme la guitare qu’on lui a prêtée) tellement il fait chaud dans la salle, et cela aurait dû magnifiquement clôturer le festival. Mais voilà, KEPONE sont là. Il fait une chaleur quasi insupportable et le trio est déjà en sueur avant de commencer à jouer. La machine se lance directe dans l’arène et c’est encore plus puissant que la veille sur la grande scène. Raison de plus pour nous en mettre plein la vue, c’est l’anniversaire du batteur ED TRASK. Une fois le gâteau apporté et les 43 bougies soufflées, le groupe repart de plus belle et nous colle une deuxième mandale sans nous prévenir. Ce groupe est vraiment énorme ! Une petite heure plus tard, on est tous sur les rotules, en nage et avec une banane qui part d’une oreille jusqu’à rejoindre l’autre. Après de longs au revoir, on fini par se disperser et rentrer chacun chez soi en espérant qu’ils remettront ça l’année prochaine tellement c’était EXCELLENT !!!!

Kepone