Un nouveau Frank Miller : c’était évidemment l’une des grandes nouvelles éditoriales de la rentrée ! Malheureusement, on déchante vite, très vite…Car si graphiquement le noir et blanc (avec ici ou là une pointe de rouge ou de rose) de l’auteur de « Sin City » est une nouvelle fois assez bluffant (certaines scènes d’action manquent vraiment de clarté mais quelle expressivité dans les portraits et quel talent pour créer ces atmosphères lourdes et sombres avec, notamment, des trainées de pinceau), le scénario est quant à lui plat, simpliste et même tout simplement dangereux.

Car sous couvert de proposer sa propre relecture des évènements du 11 septembre (alors qu’une vague d’attentats submerge Empire City, l’arrangeur, super héros œuvrant pour le Bien, épaulé par la Chat-pardeuse, s’en va régler leur compte aux terroristes islamistes…), Frank Miller poursuit en fait la croisade lancée par George W. Bush contre « l’axe du mal ». Citation provocatrice (sortie bien sûr de tout contexte) de Mahomet en guise de prologue (« Si tu croises l’infidèle, tue l’infidèle »), terroristes qui attaquent en hurlant « Jihad », héros qui appelle les musulmans les « Mohamed » (on croirait entendre le commandant Sylvestre des Guignols…), pratique de la torture non pas juste tolérée mais revendiquée comme arme de combat : difficile de croire que Frank Miller se montre ici aussi réactionnaire, haineux et aveuglément patriotique… »Terreur sainte » n’est pas juste artistiquement décevant, il est surtout affligeant de bêtise !

(Récit complet – Delcourt)