Three Second Kiss restait l’un des trésors les mieux gardé d’Italie ! Bien qu’inconnu en France, le trio s’est tout de même formé en 1993 ! Personnellement, je les découvre en 1998 avec leur album « everyday-everyman » sorti sur le label italien Wide records (ils signeront ensuite sur Slowdime aux USA). Une claque à l’époque. Je me suis d’ailleurs empressé de dépoussiérer ce disque pour l’occasion. Le chant a vieilli, mais les compos restent de qualité, avec déjà à l’époque, une forte influence Shellac-ienne. Dix ans plus tard, Julien Fernandez (Chevreuil) et Mitch Cheney (Sickroom rds) mise donc sur l’expérience des italiens pour lancer leur nouveau label : Africantape. Bien leur en a pris, ce nouvel album montre les Three Second Kiss plus en forme que jamais. L’univers n’a pas vraiment changé, même s’il s’est peut-être radicalisé, et les amateurs de Shellac devraient vite trouver leurs repères. La maîtrise et le son ont par contre progressé. Pour le son, vu les influences, le choix d’Albini (et Bob Weston au mastering) semble des plus classiques, et fonctionne parfaitement avec l’identité du groupe. Les guitares cristallines impressionnent et restent un atout indéniable de cet album. Complexes, intrigantes mais rarement confuses, elles tiennent les morceaux avec délicatesse et perversion. Derrière les fûts, seul changement de personnel en quinze ans, c’est Sacha Tilotta qui nous prouve qu’il possède autant de talent que ses parents (tous deux dans Uzeda). Côté chant, le choix de la saturation sur le premier titre est excellent, plongeant ce « You Are the Music » dans un univers noise à le Jesus Lizard qui leur va à ravir. On regrettera juste que le groupe n’utilise plus cet effet par la suite, laissant la voix devenir l’élément faible du disque (même si cela n’a rien à voir avec leurs débuts). Rien de grave, juste une histoire de timbre. Pour le reste, si Three Second Kiss ne touche pas toujours le saint graal, il frôle de près le talent de ses pères. Sinueux, tordu, étrange, rampant, la musique des italiens renvoient à tant de références de la décennies passées ! Les spécialistes pourront même y sentir des effluves des premiers pas de June of 44 au milieu d’un champ de dissonance à la US Maple… En tout cas, nous sommes ravis de les revoir à l’œuvre ! Espérons que ce nouveau label les emmène à la hauteur de leurs capacités.

(album – african tape)