14 novembre 2012, Paris (la machine du moulin rouge)

Que vaut Kas Product en 2012 ? Comme pour toute reformation, l’excitation de voir (ou revoir) les responsables de l’excellent « So Young But So Cold » se mélange à l’anxiété d’être déçu. La barre est haute.
Pour ceux qui ne connaissent pas ce groupe mythique des années 80, nous parlons d’une certaine vision de la musique synthétique, tendance cold, de précurseurs de l’electro-punk, boite à rythmes minimaliste, synthé old school et chant féminin. Un must du genre.
Mais avant de savoir comment se porte Mona Soyoc et Spatsz, les deux protagonistes de Kas Product, c’est les non moins célèbres Von Magnet qui ouvrent la soirée.La salle est remplit. Mélange détonnant de jeunes branchées, de vieux quarantenaires sur le retour, de punks, de new-wave, de journalistes…
Von Magnet est déjà sur scène à asséner son electro-flamenco post-industriel. L’ambiance est lourde, les deux batteries martèlent implacablement les rythmiques. L’effet est toujours aussi efficace. Devant, Phil Von et Flore Magnet, initiateurs du projet depuis les années 80, enchainent percussions de pied et mélodies hispano-orientales. On pense parfois à Dead Can Dance (période orientale) ou Coil… Noirceur indus et mélancolie flamenco entourée d’une mise en scène quasi-théatrale. Le public acquiesce. C’est vrai que ça fait son petit effet. Mais l’approche est un peu sérieuse. Le groupe s’enferme dans un schéma limite prétentieux, qui sur la longueur du set, a tendance à me faire décrocher.
Il est l’heure de répondre maintenant à la question posée en début de report. Kas Product vont-ils nous décevoir ou renouer avec la magie de l’époque ?
En réalité, ni l’un ni l’autre. Le duo va jouer une bonne partie de Try Out, son excellent premier album, ponctué de morceaux plus posés. L’accent est donc heureusement porté sur les débuts. Et le public ne s’y trompe pas. La salle s’enflamme sur les premières notes de « Never Come Back« , « Take Me Tonight » ou l’ultime « So Young But So Cold« . Et je n’y résiste pas non plus. Un tube est un tube. Pourtant, le son est loin d’être ce qu’il était. La froideur compact d’antan, et le mode combatif, ont laissé place à un son plus rond, plus chaud, moins agressif. On y perd malheureusement. A contrario, la voix de Mona n’a, elle, quasiment pas bougée. C’est incroyable.

La salle s’enflamme sur les premières notes de « Never Come Back« , « Take Me Tonight » ou l’ultime « So Young But So Cold« 

C’est d’ailleurs elle qui va transformer le concert. Mona Soyoc n’est pas n’importe qui. J’ai rarement vu une artiste avoir autant d’enthousiasme en jouant des morceaux composés trente ans auparavant. Et pourtant Mona Soyok va se montrer d’une générosité rare, se donnant à 200%, sourire aux lèvres, sincère, magnifique. N’hésitant pas à faire des allers-retours sur la tête d’une foule en extase, tels un David Yow survolté. Traversant la salle, micro en main, grimpant sur les balcons de la Machine du Moulin Rouge pour se pendre ensuite au-dessus des spectateurs, tout en continuant à chanter ses lignes envoutantes. Iggy Pop n’a qu’à bien se tenir, d’autant plus que la belle le fait, elle, avec classe. Attitude féline, contact chaleureux, sincérité non feinte, la miss n’a rien perdue. Une leçon d’humanité et de générosité précieuse.
Alors, la musique aura beau ne pas être complètement à la hauteur de ce que le groupe proposait à l’époque, manquant cruellement de dureté sur les titres « rock », le bonheur contagieux du duo, le chant et le charisme de Mona Soyoc auront finit de me convaincre. Je ressort ravi.
Dehors, les garçons de 40 ans racontent qu’ils étaient tous amoureux de la belle Mona à l’époque… mais ne le seraient-ils pas encore après une telle prestation ?

photos [cg]