Un psychanalyste qui, se sentant vide, rêve de trouver un patient qui accepterait une analyse intégrale pour se remplir, une mère qui vient de mettre au monde 3 jumeaux ( !) congédie son mari sur le champ car elle ne peut lui pardonner toutes les douleurs de l’accouchement, un curé qui se met en scène sur un ring de boxe pur combattre son sacristain déguisé en diable, des villageois qui organisent des foires aux vieux pour se débarrasser des papis et mamies qui ne leur servent plus à grand chose : cette campagne là a des us et coutumes assez inattendus…

Et si adapter ce roman complètement surréaliste de Boris Vian s’avérait tout simplement impossible ? Morvan a bien essayé de rendre ici le côté provocateur de l’œuvre (on fornique à tout va), son inventivité langagière (Vian imagine de nouveaux noms de mois comme juillembre ou avroût, qu’il fait durer jusqu’à 348 jours ! Et s’amuse des quiproquos et autres incompréhensions que la langue peut occasionner) ou sa volonté de mêler tout ou son contraire dans une farce acerbe et absurde à la fois. Mais force est de constater que ce récit tombe un peu à plat. Oh, son « Arrache coeur » est plutôt bien dessiné par Péroz (un noir et blanc au trait élégant et précis qui, trop touffu et détaillé, manque cependant de lisibilité) et se lit sans déplaisir. C’est juste que l’on a du mal à voir où l’auteur veut en venir.

Certes, la charge à boulets rouges contre la religion, la psychanalyse et le monde rural ou la critique d’une éducation trop étouffante (qui peut ensuite empêcher les enfants de voler de leurs propres ailes) sont présentes mais la narration reste néanmoins décousue. On passe d’une scène à une autre sans qu’il y ait véritablement de lien entre elles et on arrive au bout du récit sans en retenir grand chose, avec une impression d’inachevé. Bref, une déception, une fois n’est pas coutume, pour cette collection Mirages de Delcourt.

(Récit complet – Delcourt)