Insolent, paresseux, bon à rien : dans son village, Ralph Azham se retrouve souvent attaché dans la porcherie, puni par le conseil des sages. Depuis qu’il a été vu par l’Oracle -qui ne l’a pas reconnu comme l’élu- il est en effet subitement passé du statut de joyau à celui de paria et est cordialement détesté par absolument tous les villageois. A part peut-être Claire…Jusqu’au jour où, un peu par hasard, et avec l’aide du petit Raoul, ce vilain petit canard met en déroute les troupes de la Horde qui terrorisent la région depuis des lustres…

Avec « Ralph Azham », peut-être son projet le plus ambitieux depuis « Donjon », Trondheim fait du Trondheim. Anti héros atypique au possible, heroic fantasy décalé, humour omniprésent, fantaisie scénaristique et aventure débridée : dés la scène d’ouverture, sa bestiole rigolote à 4 yeux et 6 pattes et ses personnages à têtes d’animaux (de canard pour Ralph, de chat pour Piatch), on sait où notre homme va nous emmener tant on commence à connaître ses marottes et les ficelles de ses récits. Du coup, oui, on a assez rapidement une impression de déjà-vu et on se dit alors que Trondheim aurait, cette fois, vraiment pu se renouveler. Et pourtant, comme d’habitude, on se laisse petit à petit complètement convaincre par cette nouvelle série…

Certainement parce que ce récit riche en surprises et en rebondissements est une nouvelle fois rondement mené, que le dessin tous publics est toujours aussi sympathique et que Trondheim sait indéniablement y faire pour rendre ses héros attachants. Certainement. Mais pas seulement. Car derrière l’apparente simplicité de l’ensemble, notre homme propose aussi, en filigrane, pour qui veut bien la voir, une réflexion plus profonde sur le rôle de parent et la relation parent/enfant en posant, en passant, quelques questions d’importance : jusqu’où peut-on aller pour protéger son enfant ? Peut-on mentir à ceux que l’on aime ? Quelle est la part d’égoïsme et d’amour dans l’attachement que l’on éprouve pour nos enfants ? Et enfin parce que Trondheim n’oublie pas, comme à son habitude, de planter quelques banderilles bien senties ici ou là (je vous conseille d’ailleurs celle sur le vote et la démocratie)…Bref, on s’est une nouvelle fois fait avoir…

(BD – dupuis)