confrerieL’amour de Seth pour la bande dessinée et son patrimoine, surtout celui qu’il considère être son âge d’or (quand il ne dessine pas il travaille sur le design des rééditions intégrales des « Peanuts » de Schulz ou des œuvres de Doug Wright), est tel que le neuvième art est même devenu le sujet de ses derniers récits. Si « Wimbledon Green » était la fausse biographie d’un collectionneur de comics, ce nouveau récit se propose ainsi de nous faire visiter le siège de la G.N.B.C.C. : la confrérie des cartoonists du grand nord. Avec un guide de choix : Seth lui-même, qui se met ici en scène.

Après un rapide descriptif du bâtiment et de sa façade en pierre rose du Nouveau-Brunswick, l’auteur nous propose de le suivre à l’intérieur pour découvrir les peintures murales du hall, puis l’atrium avec ses portraits de membres du club, la head room (chaque membre devait réaliser sa tête en papier mâché, qu’il devait ensuite porter lors du défilé du 16 septembre), la forest room (où les membres les plus charismatiques tenaient salon et où sont encadrés des originaux de Bartley Munn ou de Bernard Reaume valant maintenant leur pesant d’or), l’armoire des trophées ou les vitrines où sont exposés souvenirs ou objets publicitaires, entre deux anecdotes qu’il distille sur les créateurs des séries cultes tels que « Jocko » (de mini-strips offerts dans les petites boules transparentes avec les chewing-gums Bazooka), « Canada Jack » (un super héros cérébral) ou « Kao-Kuk » (les aventures d’un esquimau astronaute)…

Une visite guidée de l’histoire de la bd canadienne amusante comme tout, complètement inventée bien sûr (à part l’adoubement de Chester Brown, auteur canadien bel et bien réel, lui, à qui Seth décerne ici le titre de meilleur cartoonist de la décennie 1990-2000 et de quelques autres auteurs) mais cependant parfaitement plausible (Seth donne des détails sur la biographie de ses pairs fictifs ou inclue des extraits des œuvres citées – dessinés par ses soins, bien entendu, dans le style de l’époque, pour donner un vernis d’authenticité à l’ensemble) qui permet à l’auteur de rendre une nouvelle fois hommage (prolongé par la forme, avec ce très beau livre-objet sérigraphié qui rappelle les anciennes éditions avec son petit format et sa ligne claire élégante) à la bande dessinée de la première moitié du vingtième siècle sur un ton mélancolique (l’époque, déplore-t-il, n’est plus aux cartoons réalisés avec soin) et de livrer sa vision (il dit les choses avec humour, certes, mais il les dit tout de même), plus que mitigée, de la bd actuelle.

 

(Récit complet – Delcourt)