teteenlairErnest se sent abandonné. Il a du mal à comprendre que son fils l’ait mis dans cette maison de retraite spécialisée. Bien sûr il perd parfois la mémoire mais de là à le mettre avec ces personnes âgées séniles incapables de manger seules, ces vieillards qui souffrent d’Alzheimer et ne font que répéter ce qu’ont leur dit et ces papis et mamies qui passent leur temps à faire la sieste en attendant le prochain repas…Jusqu’à ce qu’un jour, au cours d’une banale séance de gymnastique, il ne sache pas quoi faire de l’objet qu’on venait de lui mettre entre les mains. Une sorte de sphère ronde gonflée…Mais comment s’appelle cette chose déjà ?

« La tête en l’air » n’est pas le nouveau récit de Paco Roca (dont on avait aussi beaucoup aimé l’originalité de « Les rues de sable ») mais la réédition, sous un nouveau titre, de « Rides » (paru en 2007 dans la même collection), après que ce dernier ait été adapté, avec réussite (il a remporté nombre de prix prestigieux), en film d’animation, histoire de lui donner une seconde vie. Et si ce changement de nom lui permet de trouver son public, et bien on en sera ravi pour ce très bon récit.

A priori, le défi était plutôt compliqué à relever : traiter de la vieillesse, de la sénilité, en un mot de la mort qui pointe le bout de sa faux, avait tout de la planche savonneuse. Et pourtant Paco Roca s’en sort avec un brio et une inspiration impressionnantes. Sans jamais tomber dans le pathos ou le stéréotype, l’auteur est parvenu, au contraire, à trouver le parfait équilibre entre humour et sensibilité pour dépeindre la réalité de cette terrible maladie qu’est Alzheimer. A coups de jolies trouvailles narratives (le récit quitte parfois les rails du monde réel pour suivre, le temps de quelques cases, la perception qu’en ont les personnes atteintes pour mieux nous faire comprendre ce qu’elles peuvent ressentir) et de notes comiques tendres (les mains « baladeuses » de certains papis ou les manies rigolotes de certaines mamies, comme Madame Simone, qui a, chaque matin, un coup de fil à passer mais oublie pourquoi elle est là une fois arrivée au téléphone), il propose une évocation juste et touchante (notamment quand Ernest décide de se battre contre ce mal qui le menace) de la fin de vie. Très recommandé.

(Roman graphique complet – Delcourt)