Derrière cette pochette improbable conceptualisée autour des restaurants Kebab, l’animal de l’Est de la France qu’est Le Singe Blanc, nous ressert une assiette de gloubi boulga si typique. Comme pour ses deux premiers albums, la musique du Singe Blanc reste difficile à décrire. Bordel organisé autour de deux basses, d’une batterie dynamique et de chants absurdes. Parfois, ça expérimente complètement, parfois ça cherche à faire danser les épileptiques. Mélange de générique pour dessins animés, de punk et de fusion dégénérée, la musique de ce troisième album sort une nouvelle fois de tout contrôle. Les habitués retrouveront, eux, tous les ingrédients de l’animal. Energie positive, déviance, hallucinations et groove destroy. Conséquence directe, le trio, à force de nous secouer, de nous crier dans les oreilles, et de nous faire tourner sur nous mêmes, peut rapidement énerver ou faire mal au crâne. Mais ceux qui sauront s’accrocher découvriront un monde assez incroyable, coloré, absurde, et loufoque. Car Le Singe Blanc, avec son langage imaginaire, et ses influences diverses (punk, funk, krautrock, noise, etc.), racontent mieux que quiconque son histoire. Des Télétubbies devenus ultra-violents, bouffant tout sur leur passage… Des Marsupilamis défoncés à force de bouffer des champignons hallucinogènes… Des Gremlins, raides saouls, dansants sur des rythmes orientaux avec John Travolta. Les mêmes Gremlins partousants avec des Télétubbies défoncés… Titi bastonnant Grominet… Bref, de quoi se lâcher. Mais si les deux précédents disques du groupe nous avaient déjà habitués à ces dérives psychopathes, une nouvelles références, enfouie sous les autres, vient de me sauter au visage à l’écoute de ce « Babylon ». Derrière cette folie, ces chants fous, ces mélodies absurdes, certaines recherches me rappellent étrangement un duo basse / batterie pourtant bien plus sérieux que Le Singe Blanc : je veux parler des américains de UI. Retirer la folie, les couleurs, et la bière, et certains plans possèdent bien le groove de ce groupe américain (au demeurant excellent). C’est par exemple le cas du plus posé « Miozopor ». Le Singe Blanc reste imprévisible ! On peut même entendre du français sur Sblaf (« Hey, qu’est-ce tu fais ? Qu’est-ce tu fais »)… Comme quoi, tout reste possible !

(Album – whosbrain / Les disques de la face cachée)