plogoffLes habitants de Plogoff (dernier village avant la pointe du Raz) apprennent par le journal, un jour de 1975, que leur village fait partie des 3 sites bretons pressentis pour « accueillir » la construction d’une centrale nucléaire. L’association Evit Buchez Ar C’hap (Pour la vie du Cap) décide alors d’informer (en venant expliquer sur les marchés et en organisant des réunions) la population de ce qui se trame dans son dos ainsi que des dangers du nucléaire. Alors, quand presque 12 mois après, EDF prévoit d’envoyer des techniciens sur place effectuer des sondages du sol, le maire de Plogoff réunit les villageois et l’assemblée décide de mettre en place des barrages pour empêcher les techniciens de passer. Commence alors une mobilisation citoyenne qui va durer plus de 5 ans et qui verra, in fine, la victoire des anti-nucléaires !

Une victoire néanmoins relative puisque si aucune centrale nucléaire ne fut jamais construite devant la pointe du Raz, 39 réacteurs ont par la suite été mis en service dans d’autres régions de France, faisant de notre pays le deuxième producteur mondial d’électricité nucléaire. Mais une victoire tout de même, acquise de haute lutte, à force de persévérance et de détermination. C’est ce combat de David bretons contre le Goliath d’un pouvoir central manipulateur et mensonger que narre « Plogoff ».

Un récit graphiquement sobre (le dessin au trait simple, dans l’esprit du travail d’un Davodeau ou d’un Squarzoni, simplement rehaussé d’aplats de gris –choix judicieux lorsque l’on doit mettre en scène la Bretagne, son ciel et ses maisons en granit- se veut avant tout clair et lisible) et à la narration linéaire qui cherche d’abord à être le plus respectueux possible de la chronologie et des faits pour que la chronique de cette résistance populaire parle d’elle-même. Bien sûr, on devine l’admiration que portent les auteurs au courage qu’il a fallu à ces mamans et autres fermiers pour venir s’opposer pacifiquement et ce quasiment quotidiennement aux CRS et leur respect pour ce combat qui a été le premier vrai combat populaire contre le lobby nucléaire mais Le Lay et Horellou parviennent, malgré tout, à rester en retrait pour laisser toute la place qu’ils méritent aux résistants de Plogoff.

Impossible pour le meusien que je suis (et qui habite à quelques kilomètres de Bure, site pressenti pour le stockage de déchets nucléaires venant de toute l’Europe) de ne pas apprécier ce très bel hommage à cette lutte fondatrice doublé d’un appel implicite à la poursuivre !

 

(Récit complet – Delcourt)